Soignant·es, familles et ami·es des personnes souffrant de maladies mentales: Aidons-les à se vacciner contre la COVID19 !

Soignant·es, familles et ami·es des personnes souffrant de maladies mentales: Aidons-les à se vacciner contre la COVID19 !

La population psychiatrique présente plusieurs facteurs pouvant augmenter le risque de formes graves de COVID19. En effet, de plus en plus d’études montrent que les personnes souffrant de troubles psychotiques, de troubles bipolaires, ou de dépression sévère ont un risque significativement accru d'être hospitalisées ou de mourir à cause de la COVID19 (1,2). D’ailleurs, un diagnostic antérieur de schizophrénie a été significativement associé à la mortalité due à cette infection (3). De ce fait, tout personnel soignant, proche ou ami·e de personnes souffrant de maladies mentales a un rôle crucial dans la prévention des risques liés à cette maladie, dont notamment par l’incitation à la vaccination.

En réalité, la gravité des formes symptomatiques chez ces personnes est similaire à celle des personnes souffrant de problèmes cardiaques, pulmonaires ou auto-immuns. Il a été démontré que les troubles psychotiques sont associés à une augmentation du risque de 2 à 5 fois d'être hospitalisé, et de 3 fois celui de mourir à 30 jours des suites de la COVID19 (4).

Ces constatations peuvent s’expliquer de différentes manières :

Premièrement, des théories dysimmunitaires sont actuellement impliquées dans la genèse même des maladies psychiatriques. En effet, la pléiotropie de la vulnérabilité génétique, ainsi que des mécanismes physiopathologiques induisant une activation centrale et périphérique accrue des systèmes immuno-métaboliques et endocriniens, jouent un rôle non seulement dans le développement des troubles psychiatriques, mais aussi du syndrome métabolique (5).

Deuxièmement, les troubles psychiatriques sévères sont désormais associés à un risque accru de comorbidités, dont notamment les dyslipidémies, l’obésité, l’hypertension artérielle et le diabète, maladies étroitement liées aux formes sévères de COVID19 (6).

Troisièmement, les médicaments psychotropes peuvent également participer au développement de syndrome métabolique et de facteurs de risques cardio-vasculaires, augmentant aussi le risque de formes sévères chez les personnes nécessitant une prise médicamenteuse au long cours (7).

Quatrièmement, ces personnes ont souvent une hygiène de vie déficitaire, une consommation accrue de tabac ou d’autres substances, et adhèrent difficilement à un régime alimentaire équilibré, augmentant ainsi le risque vasculaire.

Finalement, la stigmatisation des personnes atteintes de maladies mentales au sein même des institutions de soins constitue un obstacle non négligeable pour une prise en charge préventive ou curative correcte dans le cas où ces dernières contractent la COVID19 (8). Les lits de réanimation, fréquemment en-deçà des besoins en soins en cas de formes graves de COVID19, leur sont la plupart du temps refusés.

Outre cette vulnérabilité au développement de formes graves de COVID19 et un accès difficile aux soins, les personnes souffrant de maladies mentales sévères trouvent plus de difficultés à respecter les mesures de distanciation et le port du masque, à détecter ou à verbaliser leurs plaintes somatiques, et peuvent être moins sensibles aux campagnes de vaccination adressées à la population générale. En effet, du fait des troubles cognitifs souvent associés aux troubles mentaux sévères, la compréhension de la nécessité de se vacciner, l'inscription sur une plateforme et la présentation aux centres, peuvent être perçues comme étant plus difficiles chez ces personnes (9).

Prenant en compte ce risque accru de morbidité et de mortalité chez la population psychiatrique, de plus en plus de pays ont mis à jour leurs stratégies de vaccination. C’est le cas, en décembre 2020, du Danemark et du Royaume-Uni, suivis en janvier 2021 des Pays-Bas et en février de l’Allemagne (10). En mars, c’est la France qui inclut les personnes atteintes de troubles psychiatriques dans les groupes à risque (11). En Tunisie, ce n’est que le 22 juin que, sur la plateforme Evax.tn, sont incluses les personnes atteintes de schizophrénie, de trouble bipolaire, de trouble délirant et d’un trouble du spectre de l’autisme.

L’inclusion des personnes souffrant de maladies mentales parmi les groupes prioritaires à la vaccination contre la COVID19 préviendrait une morbidité et une mortalité prouvée plus importante chez cette partie de la population. Considérant cette dernière comme étant vulnérable, les autorités sanitaires participent ainsi à établir plus d’équité parmi les citoyen·nes.

Néanmoins, pour que cette population puisse effectivement jouir de ce droit, la sensibilisation à la vaccination prioritaire devrait être non seulement systématique durant les entretiens psychiatriques, mais elle devrait en plus concerner tout le personnel soignant en contact avec ces patient(e)s : les psychologues et les ergothérapeutes, les médecins de première ligne, les médecins spécialistes somaticiens, les infirmier·es et les pharmacien·nes.

Tous les maillons de la chaîne de soins ont un rôle crucial dans la prévention de la maladie COVID19 chez cette population vulnérable, à risque de développer des formes sévères, moins accessible aux efforts de sensibilisation à la vaccination, et dont la stigmatisation rend plus difficile son accès aux services de soins de santé.

 

Références

  1. Reilev M, Kristensen KB, Pottegård A, Lund LC, Hallas J, Ernst MT, et al. Characteristics and predictors of hospitalization and death in the first 11 122 cases with a positive RT-PCR test for SARS-CoV-2 in Denmark: a nationwide cohort. Int J Epidemiol 2020;49(5):1468‑81.
  2. Lee DY, Cho J, You SC, Park RW, Kim CS, Lee EY, et al. Risk of mortality in elderly Coronavirus disease 2019 patients with mental health disorders: A nationwide retrospective study in South Korea. Am J Geriatr Psychiatry 2020;28(12):1308‑16.
  3. Nemani K, Li C, Olfson M, Blessing EM, Razavian N, Chen J, et al. Association of psychiatric disorders with mortality among patients with COVID19-19. JAMA Psychiatry 2021;78(4):380.
  4. Siva N. Severe mental illness: reassessing COVID19-19 vaccine priorities. The Lancet 2021;397(10275):657.
  5. Metabolic syndrome in psychiatric patients: overview, mechanisms, and implications. Dialogues Clin Neurosci 2018;20(1):63‑73.
  6. Tylec A, Skałecki M, Ziemecki P, Brzozowska A, Dubas-Ślemp H, Kucharska K. Assessment of cardiovascular disease risk factors in patients treated for schizophrenia. Psychiatr Pol 2019;53(6):1305‑19.
  7. Abosi O, Lopes S, Schmitz S, Fiedorowicz JG. Cardiometabolic effects of psychotropic medications. Horm Mol Biol Clin Investig 2018;36(1):20170065.
  8. Haussleiter I, Emons B, Hoffmann K, Juckel G. The somatic care situation of people with mental illness [Internet]. Health Sci Rep. mars 2021 [cité 8 juin 2021];4(1). Disponible sur: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/hsr2.226.
  9. Sheffield, J.M., Karcher, N.R. & Barch, D.M. Cognitive deficits in psychotic disorders: A lifespan perspective. Neuropsychol Rev 2018; 28, 509–533.
  10. Haute autorité de santé. Stratégie de vaccination contre le Sars-Cov-2 : Actualisation des facteurs de risque de formes graves de la covid-19 et des recommandations sur la stratégie de priorisation des populations à vacciner 2021.
  11. Instance nationale de l’évaluation et de l'accréditation en santé. Guide parcours du patient suspect ou confirmé covid-19. Disponible sur: https://www.ineas.tn/sites/default/files//gpc_covid_19_version_11_mai_2021.pdf