Soignant contaminé au Centre de Maternité Wassila : les soignants, à qui on a d’abord refusé les tests, finissent par se faire tester

Soignant contaminé au Centre de Maternité Wassila : les soignants, à qui on a d’abord refusé les tests, finissent par se faire tester

L’information circulait déjà depuis la semaine dernière, quand on a découvert l’atteinte d’un membre de l’équipe soignante au COVID19. Selon des témoignages redondants recueillis sur place, panique et colère agitaient l’équipe soignante qui était inquiète de l’attitude incompréhensible de son chef de service. Celui-là aurait tout d’abord œuvré à dissuader les personnes qui ont été en contact direct avec le soignant atteint de se faire tester et d’appliquer l’auto-isolement d’office en attendant le résultat du test. Une attitude en contraste avec celle adoptée à l’Institut National de Neurologie, juste en face, suite au passage d’un cas suspect à la fin de la semaine dernière. Les tests ont finalement et selon nos sources été faits et l’auto-isolement appliqué, pour certains. On ne recense jusqu’à présent aucun cas positif.

Plusieurs questions se posent alors dans les milieux : Est-il déjà éthique de continuer à travailler sans aucune précaution et exposer ainsi ses collègues et ses patientes en ignorant son statut COVID ? Le non-respect du confinement en attendant le résultat du test diagnostic n’est-il pas susceptible de soumettre le personnel à un risque médicolégal, l’affaire du médecin de Kasserine étant toujours présente dans les esprits ?  Et pour conclure, le centre est-il suffisamment préparé à cette épidémie ?

Un circuit COVID en place, jugé par beaucoup de soignants « perméable »

Le Centre de maternité et de néonatologie de Tunis (CMNT), le fameux « Wassila » (ndla : en référence à sa dénomination initiale, Wassila Bourguiba), est le plus grand centre de maternité en Tunisie. Il draine le grand Tunis ainsi qu’une grande partie du nord du pays, et assure la prise en charge des cas les plus complexes en gynéco-obstétrique. Dans le contexte actuel de la crise COVID19, l'inquiétude et la préoccupation concernant le haut risque de perméabilité aux cas COVID positifs nous proviennent de cette institution.

Le CMNT est composé d’un service d’urgences, de quatre services de gynécologie obstétrique (le service A, le service B, le service C et le service D, l’ancien service A étant désormais divisé en A et D), d’un service d’anesthésie-réanimation et d’un service de néonatologie. Faute de trouver un consensus interne pour assurer la prise en charge des patientes COVID, on a opté pour un roulement alterné sur trois services. Un roulement de garde selon le système de cohorting est donc d’office exclu. Un effort pédagogique pour l’explication du concept au personnel a été déployé depuis presque un mois, ce qui est à saluer.

 

Chaque jour, un des trois services est tenu d’assurer la prise en charge des patientes COVID, et le circuit COVID est ainsi activé depuis les urgences jusqu’au service correspondant. Le pré-tri étant fait au niveau de la porte d’accès à la salle d’attente des urgences, la patiente classifiée suspecte est ramenée vers un box préparé à cet effet un peu plus à l’intérieur de la salle, avant d’être acheminée sur une chaise roulante enveloppée d’un sac de protection à usage unique. Elle traverse ainsi le secteur des urgences, là où les patientes non-COVID également sont examinées, pour arriver à l’ascenseur commun qui mène aux étages. Celui-ci doit bien entendu entre-temps se faire désinfecter.

Jusqu’à maintenant, il n’y a pas d’isolement proprement dit pour les patientes COVID au sein des services, ni de bloc opératoire dédié au circuit. Avec le système de roulement sur les trois services de gynécologie-obstétrique, beaucoup de soignants sur place redoutent la possibilité d’avoir des patientes contaminées dans tous les secteurs de à la fois.

Actuellement, le centre n’aurait pas encore reçu de patientes contaminées, mais beaucoup de soignants sur place redoutent l’arrivée du premier cas. Le risque de contagion des autres patientes serait réel déjà au vu de l’absence d’une véritable logistique d’isolement. Beaucoup de soignants sur place s’interrogent aussi si la centralisation de la prise en charge des patientes COVID au sein d’un même service n’épargnerait-elle pas ce risque-là ?

Les soignants inquiets de leur niveau de protection

La très faible disponibilité des équipements de protection individuelle (EPI) est également un autre problème récurrent. L’absence de recommandations nationales claires concernant les institutions spécialisées, reste un problème majeur. Notons à titre d’exemple ici les recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français.

Que doit porter le médecin aux urgences obstétriques ? Que doit porter la sage-femme à la salle de travail ? Les patientes doivent elles se faire équiper d’un masque ? Le seul masque chirurgical fourni aux soignants pour une garde de 24h ou plus serait-il réellement suffisant ? Il s’avère ici que le premier médecin décédé aux USA par le COVID19 dénonçait il y a quelques jours que les soignants étaient obligés de porter le même masque chirurgical jusqu’à quatre jours de suite, de quoi faire froid au dos.

Beaucoup de soignants sur place nous ont rapporté un besoin de recommandations claires quant -entre autres- à l’usage des EPI en dehors d'un circuit COVID. Ils estiment ne pas être suffisamment protégés et qu'un effort supplémentaire est nécessaire afin d'équiper le personnel soignant dans ces milieux de soins sensibles du matériel de protection nécessaire, en optimisant également la gestion de stock en interne. 

Personne n’aurait effectivement intérêt à avoir un personnel soignant contaminé dans le plus grand centre de maternité de la Tunisie.