Après le passage d’un cas suspect à l’Institut de neurologie : neurochirurgie en sous-effectif et climat d’incertitude

Après le passage d’un cas suspect à l’Institut de neurologie : neurochirurgie en sous-effectif et climat d’incertitude

Un malade de neurochirurgie consultant pour des plaintes post-opératoires le 09 avril 2020 et qui présentait des signes de suspicion du COVID19 a inopinément atterri au service de radiologie, là ou un scanner thoracique réalisé en urgence a été évocateur. Le malade a dès lors été réadressé à la Rabta, en face, et les lieux soumis en urgence à une opération de désinfection. Son passage à l’institut a été suivi d’une vaste campagne de tests ayant concerné plus que 70 agents du personnel soignant. Heureusement, on n’y compte jusqu’à présent aucun cas positif.

La tension se fait toutefois clairement palper dans les rangs du personnel. C’est là que depuis deux jours, les gardes en neurochirurgie se font sans infirmier ni ouvrier dans le coté d’hospitalisation, sans instrumentistes ni techniciens d’anesthésie au bloc opératoire. Les résidents, abandonnés à leur sort face aux malades, peinent à joindre les bouts. Trop se plaindre ne mènerait de toutes façons à rien, sinon à être vu de travers de la part de ses supérieurs. En attendant, les malades présentant des indications opératoires sont adressés au Centre des grands brulés de Ben Arous. Encore faut-il là compter avec un allongement du délai de prise en charge, non sans conséquences.

Dans l’attente des résultats de leurs tests, beaucoup de soignants se sont imposés le confinement à domicile. Il faut dire que le cas du médecin de Kasserine, accusé d’avoir continué à travailler après avoir été testé, puis jeté au bucher du harcèlement public dernièrement, hante toujours les esprits.

Retard de mise en place de circuit COVID

Du haut de la colline de la Rabta, l’établissement fondé en 1974 par feu Mongi Ben Hamida s’efforce depuis le début du mois de mars de mettre en place un circuit de prise en charge adapté au contexte épidémique.

Le fameux « circuit COVID », qui permet de trier les malades selon le degré de suspicion du COVID19 et de les orienter de manière adéquate en conséquence. C’est dans ce cadre que des travaux d’aménagement ont été initiés dans les urgences, visant à installer dans l’actuelle salle de soins quatre lits d’hospitalisation COVID. Pour le pré-tri des patients, une tente a été mise en place au début du mois d’avril à l’entrée de l’établissement avec un infirmier pour mesurer la température. Seuls bémols : le thermomètre frontal utilisé ne serait pas fiable et il n’y a pas de recours à un questionnaire de pré-tri validé. Il fallait également et à chaque fois mobiliser une ambulance pour transporter le malade aux urgences relogées dans le bâtiment des consultations externes, ce qui n’était pas toujours possible. Ce dispositif n’a pas duré plus que deux ou trois jours, avant que l’on ne finisse par recevoir les malades directement dans le nouveau secteur des urgences.

Pour le roulement des gardes, le cadre paramédical suivrait un système de cohorting avec confinement. Pour le cadre médical, et vu le faible effectif des résidents, l’adoption d’un tel roulement reste strictement dépendante de l’inclusion des seniors, chose apparemment impossible.

Les réunions se succèdent dans la cellule de crise de l’hôpital depuis le début du mois de mars, sans qu’un circuit COVID fonctionnel ne voit le jour. Résultat : un lourd climat d’incertitude pour l’accueil et la prise en charge des patients rendant la structure très perméable aux cas suspects. Le cas ci-rapporté ne faisait que tendre un peu plus une atmosphère déjà crispée.


De plus, les résidents sur lesquels repose une partie déterminante de l’activité hospitalière quotidienne sont totalement absents du processus de prise de décision. Simplement écartés ou récoltant les fruits de leur propre passivité ? De toutes les façons la deuxième ne pourrait qu’encourager la première.

Absence de recommandations internes claires

Quant à l’utilisation des équipements de protection individuelle, l’accès pour les résidents se fait difficile, notamment aux masques FFP2, et la nuit particulièrement. La formation du personnel aux indications de port des EPI serait également à optimiser. Il est à noter que l'Instance nationale d'évaluation et d'accréditation en santé (INEAS) a dernièrement mis à jour ses recommandations pour les mesures de prévention anti-COVID19 en milieu de soins. Ceci dit, il serait peut-être judicieux de disposer de recommandations spécifiques pour des milieux de soins spécialisés (exemple: recommandations de l'Association américaine des neurochirurgiens).

Devant l’absence de notes ou de recommandations internes claires, la reconnaissance et l’orientation des cas suspects dans l’établissement reste tributaire du bon sens clinique de chacun. Un système dont la viabilité est discutable, qui ne peut que multiplier les risques et rendre la gestion de leurs conséquences de plus en plus difficile.

Dans l’attente de mesures décisives et claires, la prudence reste encore de mise.