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Politiques, personnalités publiques, acteurs sociaux, nationaux et internationaux nous ont bassiné avec « le monde d’après ». En voilà pour moi une grosse foutaise. Le confinement, décision urgente face au coronavirus, a certes eu un impact écologique, de la baisse à la pollution atmosphérique liée aux moyens de transport aux dauphins qui font la fiesta sur les côtes mais le confinement ne suffit pas pour changer des comportements enracinés dans l’humain. L’humain, ce singe savant, qui s’est auto-imposé depuis des millénaires comme étant le maître suprême de la terre. Il a généré des modèles économiques épuisants pour les écosystèmes, des modèles basés sur l’individualisme, sur la quête et la conquête du « toujours plus immédiat », tout en ignorant de par son égo, le mal qu’il génère et son futur vacillant.

Les naïf.ves ont pensé que deux mois et des poussières cloîtré chez soi, suffiraient à faire comprendre à sapiens que la surconsommation et la destruction des écosystèmes, l’irrespect d’autrui (humains, animaux, plantes, micro-organismes méchants et gentils) n’est pas sans conséquence. Je n’ai pas été naïve, j’ai attendu sagement de pouvoir sortir pour voir de mes propres yeux ce monde d’après. J’ai été confrontée à un après qui est terriblement ressemblant à l’avant. Premier jour, une cohue devant les enseignes de fast shopping, qui pour rappeler surexploitent des enfants à l’autre bout de la terre, représentent un indice carbone qui ferait pâlir les pets des vaches et s’amusent à augmenter les prix avant les soldes pour mieux se délecter de vos dettes inutiles.

Mais qui suis-je pour juger ces personnes lobotomisées à coups d’instagrammeur.ses pondeur.ses d’argent et de dictats du superficiel. Je sors, en voiture (et ne vous inquiétez pas je me jette la première pierre mais j’ai trop peur de mourir en prenant le vélo et là je vous jette la seconde pierre), je vois des gens qui conduisant dans des sens interdits, grillant allègrement des feux rouges, sans ceinture de sécurité, prenant des ronds-points à l’envers (shoot de testostérone?) pour gagner 3 secondes alors qu’ils viennent de passer deux mois statiques. Je ne me suis pas rendue compte que dans le monde d’après il fallait préserver les habitudes nombrilistes égocentriques tout en essayant pour des raisons fumeuses de rattraper le temps perdu. Mes enfants, le temps perdu est perdu et vous n’allez pas inventer une machine à voyager dans le temps en vous mettant en danger ou en mettant en danger la vie des autres (il est vraiment grand temps de faire une étude sur les risques d’accidents de la circulation et le jeûne en Tunisie).

Deuxième exemple de ma vie trépidante de déconfinée : appel à la banque pour un renseignement, voix grincheuse, évitante, en attente de raccrocher ; cela ne m’a clairement pas manqué. Je pose ma question, respectueusement, parce que si la personne au bout du fil est en droit d’être désagréable, tu sais bien que si toi tu l’es, jamais oh grand jamais tu n’auras une réponse. Il existe des forces sombres, méritant bien plus qu’un exorcisme, qui remplissent les âmes des bureaucrates… Mais je vais vous conter mon histoire et à vous de vous faire votre propre avis.

  • Moi (agréable et magnanime) : « puis-je vérifier que ma requête a été validée avant de me déplacer ? » ;
  • Bureaucrate (à 9h du matin, mois de ramadan) « Vous n’avez qu’à venir ça sera prêt » ;
  • Moi (méfiante et ayant une grande expérience avec les administrations (big up à l’administration de ma fac, câlin) : « Vous pourriez vérifier pour que je n’ai pas à me déplacer deux fois (distanciation physique et pas d’autorisation) ».
  • Gentille bureaucrate avec une voix méchante « Non ce n’est pas moi qui m’occupe de cette affaire » ;
  • Moi (espoir du monde d’après) : « Pouvez-vous me passer la personne responsable ? »
  • Bureaucrate agacée : « Elle est sortie, je ne sais où et je ne sais pas quand est ce qu’elle revient, au revoir ».

Moi, raccrochant le téléphone, bouillonnante (pardon couche d’ozone) et je décide d’y aller. Requête pas prête. Des noms d’oiseaux ont fusé. En voilà un exemple de situation qui ressemble terriblement à ce qui se passait avant le confinement, la seule différence résidant dans le fait que mes postillons de rage ont humidifié en toute élégance mon masque-bavoir…

J’ai marché, croisant voitures et piéton.nes, mais j’ai surtout croisé des regards lubriques qui se sont baladé sur mon corps, dévorant les plis et les coutures et jugeant de la qualité de ce que l’œil n’est pas arrivé à transpercer. Cela faisait bien deux mois que je n’avais pas ressentie la perfidie de ces regards serpentant sur mon corps et rebutant mon âme. J’ai vu des femmes, des moins âgées aux plus âgées, des moins emmitouflées aux plus emmitouflées subir ces regards infects, tolérés, valorisés même car ils sont synonyme d’une hiérarchie du genre perpétuelle.

Et que dire du rhabillage des rues avec des masques et des gants jetés par terre ? C’est vrai que ça c’est une nouveauté ! Dans le monde d’avant, nos rues étaient seulement tapissées de mégots, d’emballages de nourriture en tout genre, de bouteilles en plastiques, et de choses plus surprenantes les unes que les autres car nous savons tous.tes qu’il est fort compliqué de garder ses détritus en attendant de trouver une poubelle (qui est une chose en voie de disparition dans le pays). En réalité, à quoi bon faire cet effort titanesque alors qu’un brave agent de la municipalité, sans gants ni masque, passera derrière vous, ramassera tout sourire vos déchets, bénira vos ancêtres et votre descendance, et regardera le cœur serré le donneur de leçons que vous êtes partir au loin. Non, vous ne m’aurez pas, je sais que je suis une donneuse de leçon, mais je ne jette rien dans la rue, je respecte le code de la route, j’essaye de consommer de manière raisonnée et le pire dans tout ça, c’est que je me remet constamment en question.

Je me suis aussi permise de faire une analogie, quelque peu alambiquée je vous l’accorde entre le monde d’après et le nouveau monde. La découverte du nouveau monde, qui a représenté un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité, n’a pas été synonyme de grand humanisme. Elle a apporté une grande prospérité à certains royaumes, tout en décimant les natifs américains (guerres inégales et propagation de maladies) et en ancrant le mythe de race supérieure (commerce triangulaire douceur de coton). Le monde d’après, tout comme l’a été le nouveau monde, n’est que la rhétorique, avec un enrobage coloré, qui cache de nouvelles formes de précarités (le renvoie par Uber de 3500 salariés via vidéoconférence), le creusement des inégalités sociales et sanitaires (aux Etats-Unis, la mortalités par la covid-19 chez les minorités, qui sont en vrai des majorités, est plus importante), l’enrichissement des plus riches (coucou Jeff Bezos)….

Non, en deux mois, il n’y a pas eu de transition entre deux mondes mais une pause pour certain.es, une aubaine pour d’autres et surtout aucun éveil de conscience. Alors excusez-moi du peu, mais je vais me rouler en boule, en attendant la découverte d’une dimension parallèle remplie d’idéalistes pessimistes non genrés et polis et vivant sans monde d’avant ni d’après.


NB : Cet article est rédigé en écriture inclusive et neutre avec l’emploi des pronoms épicènes. La rédaction épicène, l’écriture inclusive, le langage neutre ou le langage dit « non sexiste » ou « dégenré » sont l’ensemble des règles et des attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’éviter toute discrimination, basée sur le genre, supposée par le langage ou l’écriture. Notre utilisation de ce mode de rédaction vient de notre profonde conviction à TUNYD, du pouvoir des mots dans la lutte égalitaire.
Pour en savoir plus :
https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/
https://www.unil.ch/egalite/files/live/sites/egalite/files/Egalite_UNIL/Publications%20et%20liens/Guide_mots_egalite_2018.pdf

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