Dernièrement on m’a posé une question : « Est-ce que la médecine pour toi est une vocation ? » J’ai répondu de manière mi-réfléchie, mi-amusée, que c’était une vocation fluctuante. Une vocation est définie par le dictionnaire Larousse comme étant entre autre un : « Acte par lequel Dieu prédestine tout homme à un rôle déterminé, qui constitue sa fin personnelle, en particulier destination, appel au sacerdoce ou à la vie religieuse »[1]. Je ne suis pas certaine, que dieu m’ait prédestinée à devenir soignante, pour que le jour où lui et tout l’univers font appel à moi, je ne puisse que rester confinée.

Je ne suis pas en train d’écrire un plaidoyer réconfortant ma réclusion chez moi alors que mes collègues et ami.es font face à ce qui est peut-être un des plus grands défis professionnels de leur vie. Mon excuse ? Car oui j’ai l’impression que c’est une excuse et non pas une vraie raison, est que j’ai une santé plus fragile que d’autres. Certain.es oublient que même les soignant.es, peuvent avoir des maladies plus ou moins lourdes, qu’iels peuvent être sous ces fameux anti-inflammatoires stéroïdiens, sous chimiothérapie, avoir un diabète, ou n’importe, qui font que leur utilité face à cette crise est moindre et que leur exposition pourrait se transformer en un fardeau de prise en charge.

C’est le cœur lourd que je vous écris, au nom de toutes ces personnes qui sont comme moi, des confiné.es en détresse, en détresse d’aider mais qui ont une incapacité morale et/ou physique. Je n’ai pas encore prêté le serment d’Hippocrate mais ce serment est mon épée de Damoclès, je me réveille tous les matins en y pensant, en pensant à ce cul de sac déontologique.

Ce n’est pas non plus une chance que de rester en sécurité. C’est plutôt l’affre de devoir regarder les autres faire, ce que tu sais faire, apporter leur aide, de la plus minime à la plus précieuse. Mon anxiété, c’est de paraître lâche, de l’être peut-être. Mon anxiété, c’est de devoir voir des personnes qui me sont chère, se sacrifier. A mon sens, c’est un sacrifice. Comment peut-on le nommer autrement ? Après tout, iels s’en vont démuni.e de tout, sauf de leur bravoure inconsciente.

Ma vocation n’était pas fluctuante. Elle s’était juste cachée derrière un parcours d’étudiante en médecine chaotique, derrière la réalité d’un terrain de travail infernal, derrière une hiérarchie souvent irrespectueuse, derrière une reconnaissance inexistante, derrière des années de vies perdues.

Cette boule, qui m’étrangle, qui me donne la nausée, qui irrite mes entrailles, qui fait vaciller mes pensées et qui me pousse à vouloir franchir la porte de mon foyer et agir ; cette boule est ma vocation.


[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/vocation/82353


NB : Cet article est rédigé en écriture inclusive et neutre avec l’emploi des pronoms épicènes. La rédaction épicène, l’écriture inclusive, le langage neutre ou le langage dit « non sexiste » ou « dégenré » sont l’ensemble des règles et des attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’éviter toute discrimination, basée sur le genre, supposée par le langage ou l’écriture. Notre utilisation de ce mode de rédaction vient de notre profonde conviction à TUNYD, du pouvoir des mots dans la lutte égalitaire.
Pour en savoir plus :
https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/
https://www.unil.ch/egalite/files/live/sites/egalite/files/Egalite_UNIL/Publications%20et%20liens/Guide_mots_egalite_2018.pdf