Depuis plus d’un mois, une créature invisible est devenue le centre de toutes nos conversations, de toutes nos pensées, de toutes nos lectures.  Un être qui n’épargne personne ; et si un pays prétend être épargné, posez-vous des questions sur la crédibilité de son gouvernement.

L’état tunisien, comme tous les états, a pris des mesures de prévention afin de réduire la  propagation de ce virus. Ces mesures se basent beaucoup sur la conscience « collective »; une conscience, paradoxalement, très individuelle, très personne-dépendante. Et c’est justement pour fêter notre indépendance que le président de la république a annoncé, le 20 mars 2020, des mesures encore plus restrictives pour les citoyen.nes afin de limiter leurs déplacements.

Ces mesures n’ont pas pour but d’éviter le pic de personnes atteintes, mais de diminuer son amplitude. Les expert.es parlent de « flattening the curve » ou aplatir la courbe, pour qu’à tout moment donné, le nombre de lits disponibles soit supérieur au nombre de patient.es nécessitant une hospitalisation. Mais ceci sera difficilement réalisable dans plusieurs pays du monde et encore moins en Tunisie où, selon une étude récente, les lits de réanimation fonctionnels ne dépasseraient pas les 270. 

Notre état va-t-il mobiliser des structures privées, qui elles, contiennent près de 500 lits  ?  Ceci semble nécessaire, car même si la distanciation sociale arriverait à aplatir la courbe, le système de santé publique risque tout de même d’être submergé.

La clinique de Saint-Augustin, par l’initiative individuelle de son directeur Dr. Mohamed Chafik Smida, a décidé de de faire part de ses ressources au système de santé publique pendant cette flambée. Des groupes d’internautes à l’étranger, ont réussi à rassembler près de 100 milles dollars à travers un groupe Facebook. Le ministère des finances a créé un fond de lutte contre l’épidémie et « ses retombées économiques et sociales ». Le STML (Syndicat Tunisien des Médecins de Libre Pratique) s’est déclaré ouvert à toute proposition pour collaborer avec le secteur public en matière d’hospitalisation à domicile.

Ces initiatives sont bien évidemment toutes louables, mais elles mettent en exergue une réalité: on doit accroître nos capacités de prise en charge médicale le plus vite possible. C’est exactement ce qu’a fait la Chine en construisant des hôpitaux en quelques jours. Certes, il est difficile de faire de même, mais il semble que tous les pays envisagent cette optique d’expansion de ressources.

Devant cette crise mondiale, il serait injuste de ne pas « utiliser toutes les ressources possibles », a affirmé le premier ministre britannique, Boris Johnson. Des médecins anglais.es reprochent à leur état de ne pas avoir assez investi dans la santé publique, en disant qu’aujourd’hui il est trop tard pour porter des changements efficients pour faire face à l’épidémie.

En Suisse, une clinique privée à Genève, a pris l’initiative de se mettre à profit du secteur public, suite à quoi l’état a déclaré qu’il allait réquisitionner l’espace, l’équipement et le professionnel nécessaire à partir du secteur privé. Les hôpitaux militaires suisses, ont également déclaré être sous la disposition des hôpitaux « civils ».

En Espagne, la situation est plus extrême puisque ce pays est en train de vivre le même scénario que l’Italie mais à une semaine d’intervalle. L’une des mesures prises en urgence a été, encore une fois, d’affilier tout le secteur privé au système national public. On envisage également de transformer les lieux publics ou privés nécessaires, en lieux d’accueil et de soins pour les malades. 

La réquisition du secteur privé semble donc indispensable pour minimiser les pertes humaines, (si on suit les directives prises dans d’autres pays avec une meilleure structure sanitaire que la nôtre). Il est clair que la Tunisie ne peut éviter le pic de malades atteint.es par un simple miracle. Les théories les plus admises s’orientent plutôt vers le fait de « retarder » la catastrophe, plutôt que de l’éviter.

Il ne nous reste qu’à espérer, tout en restant confiné.es chez nous, que la courbe tunisienne ne fasse pas d’ascension fulgurante dans les jours à venir.

 


NB : Cet article est rédigé en écriture inclusive et neutre avec  l’emploi des pronoms épicènes. La rédaction épicène, l’écriture inclusive, le langage neutre ou le langage dit « non sexiste » ou « dégenré » sont l’ensemble des règles et des attentions graphiques et syntaxiques  qui permettent d’éviter toute discrimination, basée sur le genre, supposée par le langage ou l’écriture. Notre utilisation de ce mode de rédaction vient de notre profonde conviction à TUNYD, du pouvoir des mots dans la lutte égalitaire.

Pour en savoir plus :

https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/

https://www.unil.ch/egalite/files/live/sites/egalite/files/Egalite_UNIL/Publications%20et%20liens/Guide_mots_egalite_2018.pdf

Étudiante à la Faculté de médecine de Tunis - Co-fondatrice du projet "Echmoun" et du projet "Hygie Mennou"