143 247 cas confirmés… 5407 morts, voici à l’heure ou nous écrivons ces lignes, le bilan de la désormais “pandémie” à Coronavirus . Et si le fléau a déjà touché notre voisine italienne, la ou la progression de la maladie affiche des chiffres alarmants, tant sur le nombre de cas (17660), l’incidence (3500 cas à la seule date du 14 mars 2020), que sur le nombre de décès (1268), nous restons en Tunisie  dans une expectative armée.

Plusieurs mesures de prévention ont été prises depuis le début de l’épidémie, jusqu’au dernières restrictions annoncées hier par le chef du gouvernement, et les appels à une escalade se font de plus en plus entendre en vue des dernières évolutions. 

Nombre de cas de COVID-19 et nombre de décès confirmés au 14.03.2020 – Source: worldometers.info/coronavirus

L’autre interrogation qui interpelle bon nombre de nos concitoyens est celle de la capacité de notre secteur de santé publique à prendre en charge les patients graves, si jamais le scénario italien venait à se reproduire sous nos cieux. De combien de lits de réanimation disposons-nous ici ? Combien de lits pourrions-nous dédier aux patients atteints de formes graves de COVID-19 ?

Cette capacité a été le sujet d’une enquête récemment conduite, soit un mois avant la déclaration de l’épidémie en Chine dans le cadre d’une thèse de doctorat en médecine à la Faculté de médecine de Tunis 1. L’enquête, se proposant comme sujet l’état des lieux national des capacités structurelles et organisationnelles des services de réanimation, avait abordé entre autres l’architecture, les ressources humaines et matérielles dans ces lieux peu accessibles, souvent perçus comme des “donjons” de l’hôpital. Elle avait également mis l’accent sur la disparité régionale dans l’offre de soins, sur la non-conformité aux normes internationales de bonne pratique, et enfin sur la nécessité d’une prise de conscience réelle des difficultés d’accès à la réanimation.

Cette enquête a été conduite auprès des services à vocation universitaire et n’inclut donc pas les structures privées, dont les dispositions ne sont pas connues. Quelques chiffres en ressortent et pourraient répondre à la question du début.

Critères d’inclusion, de non-inclusion et d’exclusion de l’étude – Source: Amin Hammas, Structure et organisation des services de réanimation adulte de la Tunisie: État des lieux. Thèse de doctorat soutenue à la Faculté de médecine de Tunis, Janvier 2020.

Nous disposons actuellement de 331 lits de réanimation installés sur tout le territoire tunisien, dont 49 ne sont pas fonctionnels, ce qui nous donne un ratio moyen de 3 lits/100 000 habitants. Outre la disparité régionale (Nord, centre et sud) et entre gouvernorats, cet indice pris à l’échelle nationale, est modeste comparativement à d’autres pays à revenu intermédiaire ou élevé (entre 20 et 31.7 aux USA, 13.5 au Canada).

Source: Amin Hammas, Structure et organisation des services de réanimation adulte de la Tunisie: État des lieux. Thèse de doctorat soutenue à la Faculté de médecine de Tunis, Janvier 2020.
Source: Amin Hammas, Structure et organisation des services de réanimation adulte de la Tunisie: État des lieux. Thèse de doctorat soutenue à la Faculté de médecine de Tunis, Janvier 2020.
Source: Amin Hammas, Structure et organisation des services de réanimation adulte de la Tunisie: État des lieux. Thèse de doctorat soutenue à la Faculté de médecine de Tunis, Janvier 2020.

Combien de lits pourraient être dédiés aux patients atteints du COVID-19 ? Il sera très difficile de répondre exactement à cette question à cause du turnover quotidien de patients graves, qui permet difficilement de « réserver » des lits. Un objectif approximatif de 50 lits parait réalisable, ce qui montre une fois de plus les limites de notre système de santé à confronter un fléau sanitaire.

Les ressources des structures privées pourrait-elle être mobilisées ? Probablement, mais mise en place d’une stratégie de partenariat public-privé ainsi que ses modalités doit être réfléchie et bien étudiée. L’Etat devrait dans ce cas redorer son blason d’état-providence, un statut bien souvent profané de nos jours. Déjà, un hôpital privé vient d’être réquisitionné à Genève en Suisse, dans le cadre du plan de lutte publique contre l’épidémie 2.

En espérant échapper à un script à l’italienne, voici une belle occasion pour nous, tunisiens, de remettre notre système de santé à nouveau sous le feu des projecteurs et de nous apercevoir qu’il s’agit bien là d’un chantier urgent et vital.


1- Amin Hammas, Structure et organisation des services de réanimation adulte de la Tunisie: État des lieux. Thèse de doctorat soutenue à la Faculté de médecine de Tunis, Janvier 2020.

2- https://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/H-pital-prive-requisitionne-a-Geneve-17661849

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Amine Ghrabi
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Amine Ghrabi

La formulation suivante de l’auteur est implicitement dangereuse à mon avis : “Nous disposons actuellement de 331 lits de réanimation installés sur tout le territoire tunisien, […] ce qui nous donne un ratio moyen de 3 lits/100 000 habitants”. Il serait plus précis de mentionner (et d’insister!) qu’il s’agit de lits de réanimation à vocation hospitalo-universitaire, et à activité poly-valente administrativement individualisée, tel que stipulé dans les critères d’inclusion de l’étude elle-meme. En ces temps de crise, il n’y a que les réponses rigoureuses (et non partielles) et la clarté dans les idées qui pourraient nous épargner toute l’énergie perdue… Lire la suite »