Crédit photo de couverture: les anciens collaborateurs de Pr. Tabbane lui remettant la clé de son ancien service de pédiatrie

Un pionner, mais aussi un membre illustre de notre médecine et de notre faculté de médecine de Tunis vient de nous quitter. C’est en retraçant son parcours que nous voulons rendre hommage à ce maître qui a excellé par ses louables qualités et de son savoir vivre.

Ici, nous nous réfèrerons à un hommage qui lui a été rendu de son vivant, sur les pages du magazine Leaders, par le Pr Chalbi Belkahia, ancien doyen, qui rappelle si bien le parcours et l’œuvre de l’homme et du grand médecin. Nous en reproduisons ici de larges extraits.


 

Origines
Originaire de la ville de Nabeul au sud de la péninsule du Cap Bon où il a vu le jour en octobre 1920, il a été élevé par un père magistrat et une mère qui a suivi des études couronnées par un certificat d’étude, chose rare pour une femme en son temps.

Etudes
Si Chedly a eu un parcours pour le moins qu’on puisse dire sans tâche. Des études primaires à l’école française de Nabeul, secondaire au lycée Sadiki puis au lycée de Sousse. Titulaire d’un baccalauréat en Mathématiques, si Chedly est resté un matheux toute sa vie. Il entretenait son agilité intellectuelle en résolvant des intégrales à ses heures perdues !

C’est à Alger qu’il entama ses études médicales au début de la Seconde Guerre mondiale à l’instar des figures de la médecine tunisienne de son âge : Si Said Mestiri, Béchir Hamza ou encore Brahim Gharbi. Son affection pour les mathématiques lui a été très utile en ces temps dures. Il les enseigna dans une école privée quand le mandat peinait à être acheminé.

L’été 1945, il attrapa une fièvre typhoïde grave compliquée d’un coma l’obligeant à prolonger sa convalescence à six mois, dans le verger de son grand-père. Il a passé sa quatrième année à la faculté de Bordeaux. C’est au cours de cette année qu’il a pratiqué son premier forceps. Il a ensuite continué son cursus médical à Paris où il a fait le choix d’une spécialisation en pédiatrie. Il soutient sa thèse à Paris en qui a porté sur “le paludisme du nourrisson et ses complications cardiaques”.

 

Si Chedly n’a jamais ménagé son temps, faisait de longues journées de travail dans le seul but de faire de la pédiatrie une spécialité florissante. Son besoin de rigueur et d’analyse couplé à sa connaissance d’autodidacte des méthodes statistiques et épidémiologiques l’a toujours poussé à vérifier de lui-même les phénomènes (ce que l’on appelle aujourd’hui l’Evidence-Based Medicine ou médecine basée sur les preuves) et d’en déduire des thérapeutiques innovantes qui tenaient compte des conditions locales.travail dans le seul but de faire de la pédiatrie une spécialité florissante.

Carrière médicale et hospitalo-universitaire

Début 1950, il rentre en Tunisie où il débute sa carrière comme spécialiste en pédiatrie, premier Tunisien musulman dans cette discipline. Il travaillera dans son cabinet au centre ville de Tunis puis intègre l’activité hospitalière dans le cadre d’un secteur pédiatrique délimité dans le service de médecine générale du Dr André Corcos (Hôpital Sadiki puis Hôpital E. Conseil). Il gravit rapidement les échelons (assistant en 1955 puis chef de service en 1959 (Hôpital E. Conseil). Il a atteint les grades de maître de conférences agrégé, de professeur et de professeur émérite suite à la création de la faculté de Médecine de Tunis en 1964 qui a permis aux chefs de service d’accéder, sur concours, à la carrière universitaire.

Travaux et apports

Si Chedly n’a jamais ménagé son temps, faisait de longues journées de travail dans le seul but de faire de la pédiatrie une spécialité florissante. Son besoin de rigueur et d’analyse couplé à sa connaissance d’autodidacte des méthodes statistiques et épidémiologiques l’a toujours poussé à vérifier de lui-même les phénomènes (ce que l’on appelle aujourd’hui l’Evidence-Based Medicine ou médecine basée sur les preuves) et d’en déduire des thérapeutiques innovantes qui tenaient compte des conditions locales.

Il effectua dès 1952 des études sur la dissémination de la tuberculose au foie, sur le suivi anatomo-pathologique du foie dans la malnutrition chronique ou récidivante (lésions qui, dans son expérience, n’ont pas abouti à la cirrhose contrairement à ce que supposaient les pédiatres français sans l’avoir vérifié) grâce à la technique de la biopsie hépatique apprise par ses pairs à Paris. C’est après la création de l’hôpital d’enfant qu’il concentra ses études principalement les cirrhoses.

Il a par ailleurs été à l’origine de la vaccination anti-coquelucheuse, au décours d’une expérience d’essai clinique pilote  dans le cadre de l’évaluation de la tolérance et de l’efficacité clinique du vaccin anticoquelucheux  en période d’épidémie saisonnière.

Par ailleurs, il s’est intéressé à l’étude des diarrhées avec les bilans électrolytiques et il a proposé une solution standard utilisée par tous les pédiatres. De même pour la malnutrition avec une standardisation des préparations diététiques : comme la fameuse préparation K 900, équilibrée, facile à prescrire et peu coûteuse. Il a bien entendu aidé, comme ses collègues, à une meilleure connaissance des pathologies de l’enfant tunisien. Il a étudié particulièrement l’intolérance au lactose, le syndrome néphrotique, le RAA (rhumatisme articulaire aigu) et sa prophylaxie.Il a également beaucoup publié dans des revues nationales et internationales et a dirigé de très nombreuses thèses.

C’est en 1977 que le Doyen Ben Ayed a créé le Comité pédagogique qui comprenait Chedli Tabbane, Raouf M’bazaa, Taoufik Nacef, Hassen Gharbi, Christiane Ben Hamida (femme de Si Mongi), le Dr Charles Boelen (conseiller pédagogique détaché de l’OMS ), et Dr Chalbi Belkahia.

Ces personnes ont ensuite été rejointes chronologiquement par Mohamed Hédi Loueslati (représentant élu des étudiants au conseil de faculté), Marie-Françoise Ben Dridi, Tahar Khalfallah, Chadli Dziri, Mohamed Lakhal, Skander Mrad, Raouf Chérif, Sihem Barsaoui, Zahra Marrakchi, Najoua Miladi, Ouahida Kraiem-Chérif, Riadh Gouider, Lamia Ben Hassine, Ilhem Mili Boussen et bien d’autres.

Il s’est fortement impliqué dans l’introduction d’un modèle d’enseignement basé sur l’acquisition des compétences dont a besoin l’exercice de la profession médicale depuis 1975. Il a initié ce changement dans l’enseignement dans son propre service à l’Hôpital d’Enfants de Tunis, avec, entre autres, l’introduction du carnet de stage et du cahier de bord.

Livre de Pr. Tabbane sur la pédagogie médicale

Un leader de la pédagogie médicale
Si Chedli a développé des concepts et pratiques pédagogiques qu’il a présentés dans un livre: Eléments de préparation aux ateliers de pédagogie médicale, publié par le Centre de Presse Universitaire en 2000.

Il s’est fortement impliqué dans l’introduction d’un modèle d’enseignement basé sur l’acquisition des compétences dont a besoin l’exercice de la profession médicale depuis 1975. Il a initié ce changement dans l’enseignement dans son propre service à l’Hôpital d’Enfants de Tunis, avec, entre autres, l’introduction du carnet de stage et du cahier de bord.

C’est au sein du Comité pédagogique et du Groupe inter-facultaire de pédagogie médicale (GIFPM regroupant les 4 facultés de médecine) qu’a commencé le laborieux travail qui a permis de diffuser les nouvelles idées et les méthodes d’application au moyen d’ateliers pédagogiques. A la même période, il a eu à conduire quelques ateliers au Vietnam, à Hanoi, à la demande de l’OMS.

Un réformateur de l’enseignement médical
En 1988 a commencé l’application d’un projet de réforme de l’enseignement médical largement conçu par Pr Chedly depuis 1983. Il a également rénové, aux côtés de ses collègues du groupe de pédagogie, les modalités des concours de résidanat et de maître de conférences agrégé. Malgré les difficultés considérables rencontrées le long de ce cheminement, une dynamique de changement et d’initiatives a été créée dans l’enseignement et elle se perpétue actuellement.

Afin de perpétuer la tradition de célébrer de leur vivant les illustres figures tunisiennes, le professeur émérite Si Chedli Tabbane a été honoré le 6 avril 2012 par ses collègues, ses élèves et ses amis au sein de la Faculté de médecine de Tunis. Cette célébration était couplée à l’octroi des Prix tuniso-canadiens Besrour de pédagogie et de recherche médicale.

A cette occasion, le nom du Pr Chedli Tabbane a été donné au grand hall d’entrée de la Faculté.


Que Dieu le tout puissant l’accueille dans son vaste paradis.

Résidente en Médecine de Famille