Crédit photo de couverture: Tableau “La mort de Socrate”, source: Wikipedia.

Dès l’enfance, nos parents nous apprennent que la vie est faite de plein de petits défis et qu’en se levant le matin, il faut que notre petite voix intérieure, nommée La Voix, nous dise “oui c’est bon, je réglerais ce problème aujourd’hui”.

Cependant, nos parents n’avaient aucune idée du gargantuesque défi auquel nous, simples étudiants en médecine allions faire face. Douze heures d’affilées scotché sur un bureau au point de mouler le siège avec votre séant? La bonne diarrhée motrice en période d’examens? Passer des examens tout en pensant qu’une bonne petite lapidation aurait été bien plus agréable? La sensation de dépersonnalisation/déréalisation/shooté avec de la bonne cam’ à chaque fin d’examen? Les cours de médecine préventive? Le résidanat? Les questions existentielles qui te viennent à l’esprit en rasant les murs de Wassila à 4 heures du matin? Non parents! Non! Vous manquez cruellement d’imagination! Le monstrueux défi n’en n’est pas un car perdants nous sommes toujours (Yoda, seriously?). Tremblez face à l’administration de la faculté de médecine de Tunis!!!! (rire qui fait peur : mouhahahahahahaha ou un truc du genre).

L’histoire débuta ainsi : Lors d’une journée hivernale, me levant le matin, inspectant d’un œil mi-clos, mi-cerné le ciel gris, je savais qu’il fallait faire face à la réalité. Étant donné que je n’avais pas trouvé toutes mes validations de stage, j’étais en pleine quête de ces feuilles dotées d’un pouvoir inouï d’évanouissement (Triangle des Bermudes à Bab Saadoun? Colombo enquête). J’ai dû braver bien des embouteillages, bien des “j’espère que les séniors vont vous reconnaitre”, des  “je les ai envoyé à la fac”, des “c’est maintenant que vous vous en êtes rendu compte” et bien sur les fameux “revenez un autre jour”, afin de collecter toutes ces feuilles si déterminantes pour ma santé mentale et donc mon avenir. Mais comme vous le savez, dans toute quête, quand le protagoniste commence à croire que la fin de ses souffrances est proche, le drame survient… (Musique angoissante).

En effet, les fiches d’évaluation des centres de santé de base, qui d’habitude sont disponibles au service de médecine préventive, n’y étaient pas. Drame! La secrétaire qui s’en occupait m’avait donné une réponse évasive sur un éventuel envoi de ces feuilles au groupement de santé de base. Damnation. Dardar je m’en vais chevauchant ma voiture vers le groupement. Dardar je me prends un râteau au groupement. Échec d’un jour, ce n’est qu’une bataille. La guerre sera sanglante (douwiww!).

Statue de sphinx en marbre pentŽlique, trouvŽe ˆ Spata en Attique. L’un des sphinxes archa•ques les plus anciens connus, utilisŽ sur une stle funŽraire. Vers 570 a. C. Crédit photo: Wikipedia

Deuxième jour, deuxième tentative (mais en vrai quatrième mais je vous la fait courte), j’ai dû faire face à une créature mythique avec une petite mutation : Un Sphinx FMT-éen. Mais qu’est-ce que c’est? Vous savez les Sphinx sont ces fabuleuses créatures mythiques qui ne concèdent à vous laisser passer ou vous laissez en vie que si vous résolvez l’énigme qu’ils vous ont énoncé.

Quelle était cette énigme me diriez-vous? Ma bouche s’ouvra pour demander où pouvais-je trouver ma fiche d’évaluation de stage. Le Sphinx sans un regard m’interrompit et un énigmatique “je ne sais pas”, sortit en écho de son être. J’étais pétrifiée mais dans un élan de courage, j’ai reformulé ma question avec plus de précisions et de détails. Mes yeux étaient emplis de détresse et le souffle court j’attendis.

Tel un coup de tonnerre un second “je ne sais pas” me fit trembler. Qui sait alors? – “Je ne sais pas”.

“Je ne sais pas”. Enigme parmi les énigmes. Comment pouvais-je déchiffrer ces quatre mots entonnés comme un mantra? “Je ne sais pas”. Où dois-je chercher? Panique.

Mon cerveau a fait un triple salto avant, puis un triple salto arrière. Entorse neuronale. Avis neurochir: pas d’indication neurochirurgicale.

Boitant du cerveau je sortis du bureau du Sphinx.

Le “je ne sais pas” faisait encore des galipettes dans ma tête. J’ai repensé à Socrate et à sa maxime “Je sais que je ne sais rien”. Le Sphinx était-il dans une phase de pensées et donc d’énigmes socratiques? Est-ce que son “je ne sais pas” était le reflet de l’ignorance de mon propre être? Est-ce le choc de toutes ces dépersonnalisations? Dois-je accepter que je ne saurais jamais où se trouve ma fiche d’évaluation? Vertige.

Tout mon univers s’écroula. Les gens sur mon passage me regardaient, certains inquiets et d’autres effrayés. On me posa des questions : est-ce que ça va? As-tu besoin de quelque chose? et ma réponse fit l’écho de ma condamnation : JE NE SAIS PAS.

Sarcastiquement Votre.

beenhere

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