FMT: Un cafouillage sur les mutations d’étudiants entre facultés perturbe le choix de stages des internes

FMT: Un cafouillage sur les mutations d’étudiants entre facultés perturbe le choix de stages des internes

Mercredi 18 décembre 2019 était prévu à la faculté de Médecine de Tunis (FMT) le choix des stages des internes. Toutefois, les étudiants présents décidèrent peu après le début de la procédure de boycotter le choix, se jugeant être victimes d’un traitement inéquitable. Si l’opération de choix a bel et bien repris le jour suivant, l’ampleur du mécontentement impose une revue des faits.

Mais d’abord comment se fait le choix de stages pour les internes ?

Les étudiants qui disposent déjà de la liste des postes disponibles se réunissent le jour du choix dans leur faculté d’origine, les postes sont transcrits devant eux sur un tableau, le cadre administratif et académique veille alors à ce que les étudiants se présentent un à un, selon un ordre qui leur ai affecté suivant leur classement ou leur rang académique parmi toute la promotion, et choisissent parmi les postes disponibles. Au fur et à mesure qu’on recule dans le classement, le nombre de postes parmi lesquels on peut choisir diminue. C’est le principe de l’opération dont le respect est supposé garantir une certaine équité basée sur le critère de classement.


Que s’est-il passé le jour du choix ?
À la surprise générale, et peu de temps après le démarrage du choix, les étudiants réalisent que la FMT a procédé, sans le communiquer à l’avance ou en expliquer les modalités, à l’intégration dans la liste de choix initiale d’étudiants issus de la faculté de médecine de Sfax (FMSF). Ceux-là auraient parait-il profité d’une procédure de mutation qui n'aurait pas été annoncée publiquement par leur administration, laquelle auparavant a seulement autorisé des « permutations de stage » justifiées par des motifs médicaux ou sociaux.

En effet, et dans un communiqué antérieur de la FMSF, on pouvait lire « qu’aucune mutation ne sera autorisée » et que la seule possibilité de changement de terrain de stage ne peut se faire que dans le cadre d’une permutation. Autrement dit, les étudiants devaient d’abord choisir leurs postes de stage dans leur faculté d’origine, puis essayer, une fois les opérations de choix terminés, de permuter leurs affectations avec les collègues des autres facultés ayant déjà, à leur tour, choisi leurs stages.

Communiqué de la Faculté de médecine de Sfax annonçant l'interdiction des mutations

Devant l’incompréhension résultant du décalage entre l’interdiction publiquement annoncée de la mutation pour tous, puis son acceptation non-annoncée pour quelques-uns, les étudiants ont décidé de boycotter le choix en protestant contre ce qu’ils ont considéré être une mauvaise gestion administrative flagrante et en réclamant un affichage transparent des listes de choix.

Cafouillage général donc du côté du personnel de la faculté dont la nervosité se faisait de plus en plus palpable devant les étudiants mécontents. On entendait venir un désobligeant « ! سكر فمك» (Ferme-la !) adressé à une étudiante qui demandait des explications, la poussant à quitter l’amphithéâtre en pleurs.

Les représentants académiques tentent donc de justifier aux étudiants qui étaient dans tous leurs états la « légitimité » du procédé, arguant tantôt par « la nécessité de recourir à un renforcement d’effectif dans certains services », tantôt par « la nécessité de garder un bon relationnel avec les autres facultés ».

Cerise sur le gâteau, l’un des étudiants ayant profité de la procédure considérée par ses camarades comme « vicieuse » leur aurait lancé selon des témoignages redondants recueillis sur place « عندي عرق صحيح » (je suis bien pistonné) ce qui, combiné au cafouillage communicationnel de l’administration, n’a fait qu’envenimer la situation et installer un climat d’animosité entre tous les intervenants.

Plus tard, on apprend que les mutations initialement acceptées « auraient été annulées ». C’est ce qui fut en tout cas communiqué à la représentante des étudiants, avant que le choix de stages ne reprenne le lendemain.

La procédure de mutation a-t-elle lésé le droit des étudiants des deux facultés à l’information transparente et à un traitement équitable ?

Pour résumer, il s’avère donc que dans un premier temps, la FMSF a publiquement annoncé à ses étudiants que les mutations sont interdites pour tous.

Dans un deuxième temps, la FMSF semble avoir décidé d’accorder à certains étudiants des exceptions au principe déjà énoncé à tous publiquement. Ici, elle n'aurait pas jugé bon de réinformer l’ensemble des étudiants que désormais, une exception à la règle est permise, retenant ainsi beaucoup d’entre eux de soumettre des demandes de mutation comme leurs camarades qui ont profité de la décision non déclarée de l’administration, et les privant par conséquent de chances auxquelles ils auraient légitimement droit.

De son côté, la FMT a décidé de prendre à son compte la liste des demandes de mutation qui lui a été soumise et a procédé à intégrer ces derniers directement dans la liste des étudiants de Tunis, sans aussi informer ces derniers du procédé, ou les rassurer que le quota de choix qui leur est réservé ne serait pas lésé.

Beaucoup d’étudiants des deux facultés ont vécu cette procédure comme « un coup de force » éthiquement et administrativement très discutable, reprochant de plus à leurs camarades d’avoir accepté de profiter « d’avantages » qui n'ont pas trop l'air d'être légitimes.

Les plus méfiants se sont même mis à dénoncer ce qu'ils ont appelé une complaisance préalable entre les deux facultés, et qu’on ne pouvait pas écarter des soupçons de favoritisme, d’autant plus que la pratique est déjà courante et connue de tous dans le milieu de la formation médicale, et qu’il n’y a jamais eu de politique réelle pour l’abolir.

S’agit-il d’une simple mauvaise gestion administrative comme on en connait depuis toujours, ou d’une véritable démarche organisée de favoritisme? On ne le sait pas.

Ce qu’on sait c’est que l’ensemble des étudiants de Sfax n’ont pas été informés qu’ils peuvent, malgré l’interdiction annoncée, soumettre comme leurs camarades « avantagés » des demandes de mutation, que ceux de Tunis n’ont pas été informés que leur liste va intégrer des étudiants mutés, et qu’un traitement équitable de tous les étudiants n’était pas au rendez-vous et ce dans aucune des deux facultés.