Communication en temps de crise à la faculté de médecine de Tunis: pour une médecine qui communique mieux

Communication en temps de crise à la faculté de médecine de Tunis: pour une médecine qui communique mieux
Crédit photo: Jeunes Médecins Tunisiens

Le samedi 28 septembre 2019, le comité de communication de la Faculté de Médecine de Tunis a organisé une conférence intitulée "Communication en temps de crise".

Cette conférence a été inaugurée par l’intervention de la présidente du comité de communication de la faculté, Dr Olfa Jaidane, qui a défini la crise comme étant la phase ultime d’un dysfonctionnement.

Crédit photo: Jeunes Médecins Tunisiens

La particularité de la crise en milieu médical est l’intrusion d’une nouvelle partie prenante (média, pouvoirs publics, patients) qui demande qu’on lui rende compte, ce qui impose aux médecins le devoir de communiquer efficacement.

Awatef Dali, spécialiste en communication de crise et ancienne directrice générale de la télévision nationale, a insisté que la crise se prépare… bien avant la crise ! Les médecins doivent obligatoirement avoir une sorte de cellule de veille qui réunit toutes les informations sur les questions et les tendances évolutives, qui évalue les risques et qui met au point des stratégies de communication capables de désamorcer le danger. Tout comme les partis politiques, la médecine se doit d’avoir un "porte-parole".

Elle a posé la question à l’audience : "Qui a un numéro de téléphone d’un journaliste dans son portable ?". Devant une dizaine de présents qui ont levé la main elle a rétorqué "C’est très insuffisant. Pendant la crise, c’est le médecin qui doit aller vers les médias, et non le contraire !".

Crédit photo: Jeunes Médecins Tunisiens

"En effet, si le journaliste n’arrive pas à vous joindre, il obtiendra l’information par d’autres canaux. Avec ou sans votre participation, les médias vont toujours diffuser des informations !".

Il faut immédiatement s’adresser à l’opinion publique et montrer qu’on fait face à la situation. La conférencière a aussi insisté sur la communication interne avec toute l’équipe de soins car, quand le personnel n’est pas informé de la situation, lui-même pourra diffuser des rumeurs !

Après la crise, il faut évidemment évaluer l’efficacité de cette cellule et repérer les éventuelles erreurs.

Crédit photo: Jeunes Médecins Tunisiens

Le conférencier suivant, Dr Nebil Ben Zineb, ancien président du Conseil national de l'ordre des médecins a commencé par un exposé théorique sur la manière de communiquer l’erreur médicale au patient, aux acteurs de la justice, et aux médias.

Il a ensuite pris l’exemple du drame des nouveau-nés décédés de la Rabta pour montrer les insuffisances en terme de communication.  Ont été analysés les communiqués respectifs des différentes parties prenantes et ce pour en relever les insuffisances.

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Le dernier conférencier, M. Hassen Chaabouni, juriste, a insisté sur le discours du médecin en temps judiciaire, qui ne doit pas être trop technique mais plutôt clair et simple. Il faut aussi se mettre à l’esprit que le discours va être soumis à une commission d’experts, formée en général par un médecin légiste et deux médecins spécialistes en la spécialité concernée.

En conclusion, M. Chaabouni a affirmé "On ne peut jamais arrêter les incidents. Il faut donc toujours être prêt à mener une bonne communication en cas de crise."

Pour conclure la conférence, le Doyen de la faculté et la Vice-Doyenne ont exprimé la nécessité d’inclure la communication en cas de crise dans l’enseignement médical, éventuellement au troisième cycle.

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Dans une Tunisie qui peine encore à faire voter la première loi sur la responsabilité médicale et les droits des patients, l’initiative de cette journée organisée par la faculté de médecine de Tunis prenait tout son sens. Les années précédentes ayant démontré la nécessité d’une approche communicative plus ouverte et plus efficace du milieu de la santé envers la société, nous ne pouvons qu’espérer que ce genre d’efforts deviendra une habitude dans le secteur de la santé.

O combien de crises nous cache donc notre système de soins dans le futur !

Maintenant, étant tous avertis, on ne peut que s'y préparer !