Aux origines du syndicalisme des jeunes médecins: confessions de Karim Abdellatif (Interview)

Aux origines du syndicalisme des jeunes médecins: confessions de Karim Abdellatif (Interview)

La lutte de l'homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l'oubli.

- Milan Kundera

Karim Abdellatif exerce actuellement en orthopédie en France d'Outre-mer en Martinique. Il a été l'un des acteurs premiers du Syndicat des Internes et des Résidents de Tunis (SIRT) et l'un des témoins d'une époque où parler de syndicalisme se faisait du bout des lèvres. La plume gracieuse, Karim appartient à une génération particulière de militants: celle qui rédigeait directement la page Wikipedia d'un mouvement syndical dès lors que celui-ci est clôturé. C'était le cas par exemple pour la Révolution du Bistouri en 2013. Dans le cadre de notre travail sur la tenue de la mémoire collective des luttes des jeunes médecins tunisiens, il nous livre ici son témoignage et sa lecture de cette époque qui a bercé les premières tentatives organisationnelles syndicales des jeunes médecins. Cette lecture sert les projets syndicaux futurs des jeunes médecins afin qu'ils ne reproduisent plus les mêmes erreurs. Les opinions exprimées dans cet entretien n'engagent que leur auteur. - La Rédaction

Malek Guetat : Bonjour Karim, peux-tu te présenter à nos lecteurs?

Karim Abdellatif : Je suis franco-tunisien. J’ai étudié au lycée français Pierre Mendès France de Tunis puis à la faculté de médecine de Tunis. J’ai terminé mon résidanat en orthopédie le 31 décembre 2017. Je suis l’auteur d’une dizaine de tribunes dans la presse électronique tunisienne. J’ai aussi écrit régulièrement (en 2014 et 2015) pour le magazine médical Medic’Info. J’ai intégré en 2008 le syndicat des internes et des résidents en médecine de Tunis (SIRT) qui dépendait de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et j’y suis resté jusqu’à sa dissolution en 2014.

Crédit photo: ancienne page Facebook du SIRT


M.G. : Tu as donc participé à la fondation du SIRT. Pourrais-tu nous parler des conditions dans lesquelles le SIRT a vu le jour ? Comment étaient les débuts dans le SIRT du temps de Ben Ali ?

K.A. : Le SIRT a été créé en 2008 en réaction à la condamnation injuste à mon sens de deux jeunes médecins qui avaient pratiqué quelques années plus tôt une ponction lombaire traumatique. A l’époque des faits, les deux praticiens travaillaient en tant qu’interne et résident en médecine à l’hôpital d'enfants Béchir Hamza de Tunis. La jeune plaignante était devenue paraplégique suite à une lésion traumatique de l’artère d’Adamkiewicz, l’artère nourricière de la moelle épinière. Le juge avait déclaré qu’un scanner aurait dû être réalisé avant la ponction lombaire. En 2007, les internes et les résidents en médecine de l’hôpital Béchir Hamza étaient entrés en grève sans aucune couverture syndicale. Je vous rappelle que les risques encourus sous Ben Ali n’étaient pas les mêmes que maintenant.

Le SIRT a été créé au sein de l’UGTT en 2007-2008. Créer un syndicat autonome n’était tout simplement pas réalisable à l’époque. La grande question avait été alors d’opter pour le patronage du syndicat national des médecins de la santé publique ou pour celui du syndicat national des médecins hospitalo-universitaires. De deux maux, nous avons choisi le moindre et nous avons rejoint le syndicat national des médecins de la santé publique.

Les fondateurs étaient une dizaine… Certains avaient précédemment créé le premier bureau UGET de la faculté de médecine de Tunis. Mais à peine fondé, ce fut la débâcle dans le SIRT ! Sur les sept membres du bureau exécutif (dont je ne faisais pas partie à l’époque), trois sont partis en France quelques semaines après le congrès électif (14 juin 2008) et deux autres les ont rejoints une année plus tard.

L’année 2008-2009 a failli voir la mort du syndicat moribond. A l’époque, je ne me situais pas aussi à gauche que les autres membres et je refusais le dogmatisme et l’esprit de clan. J’ai donc naturellement prôné l’ouverture et l’accueil de nouveaux membres actifs venant d’horizons divers. Cela m’a valu l’inimité feutrée de quelques compagnons de route… Puis le bureau exécutif s’est réduit encore plus et j’ai eu les coudées franches pour imposer mes vues.

Il était évidemment hors de question de faciliter l’entrée dans le bureau exécutif du SIRT de membres notoires du Rassemblement constitutionnel démocratique. Le RCD c’était l’ennemi détesté ! Certaines de nos réunions publiques ont d’ailleurs été troublées par ces sbires de l’ancien régime… Un article du blog Boukornine datant de février 2011 en témoigne.

Feu Pr. Abdeljalil Zaouch ex-Doyen de la FMT 2004/2007 - 2007/2011 (paix à son âme) - Crédit photo: Kapitalis

Il était évidemment hors de question de faciliter l’entrée dans le bureau exécutif du SIRT de membres notoires du Rassemblement constitutionnel démocratique. Le RCD c’était l’ennemi détesté ! Certaines de nos réunions publiques ont d’ailleurs été troublées par ces sbires de l’ancien régime

Le doyen de la Faculté de Médecine de Tunis, feu Pr Abdeljelil Zaouche (paix à son âme) qui fut plus tard mon chef de service respecté dans l’A21, s’est invité un jour à une de nos réunions syndicales à la faculté et en a chassé un des syndicalistes… – C’était du temps du ministre de la santé Mondher Zenaidi… – Cela était devenu problématique car nous n’étions plus les bienvenus à la Faculté de médecine de Tunis, le lieu idéal pour communiquer avec nos bases. Nous finîmes par devenir aussi persona non grata à l’hôpital Charles Nicolle qui nous prêtait d’ordinaire l’amphithéâtre du service de médecine légale. Le groupe Facebook du SIRT demeurait le moyen de communication quasi-instantanée avec les internes et les résidents en médecine de Tunis et des autres régions de la Tunisie.

Pour revenir à la période Ben Ali, il va me falloir faire une petite digression en parlant de l’Associa-Med. Cette association a été fondée en 1989, à l'époque en partie pour contrer la mouvance nahdhaouie parmi les carabins de Tunis. Lorsque j’ai intégré il y a longtemps de cela l’ancienne faculté de médecine, l’Associa-Med n’était qu’un club de nantis qui organisait épisodiquement des soirées au demeurant assez sympathiques. Plus tard, cette association fut même gangrénée par des membres purs et durs du RCD. Ceci explique l’inimitié historique qui régnait entre les membres originels du SIRT et d’anciens responsables de l’Associa-Med. Par la suite, l’Associa-Med s’est démocratisée et a créé des sections dynamiques et attractives. Après la chute de Ben Ali, l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE), syndicat estudiantin proche de l’islam politique et créé en 1985 a fait une entrée en force à la faculté de médecine de Tunis. Le Club 3S a aussi été créé dans la foulée. Ces nouveaux acteurs de la vie associative ont poussé l’Associa-Med à conclure tacitement un pacte de « non-agression » avec la section locale de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), un syndicat de gauche qui était déjà implanté dans la faculté depuis quelques années.


M.G. : Qu'est-ce que la révolution a apporté à l'expérience syndicale des jeunes médecins?

K.A. : La révolution a surtout amoindri les risques encourus par les syndicalistes. Il faut avouer qu’avant le 14 janvier – et ce n’est certes pas à notre honneur –, aucune grève n’avait été déclarée par le SIRT. L’action syndicale consistait principalement à émettre des communiqués sur Facebook, lesquels n’avaient pas de réel impact sur la société tunisienne. Beaucoup de personnes nous en ont voulu à l’époque et elles avaient raison… Il faut oser faire son autocritique… Sur ce point, nous n’avons pas été à la hauteur…Pour en revenir à la période Ben Ali, je voudrais à nouveau faire une digression… Un de mes amis s’était présenté contre un membre du RCD pour diriger l’Associa-Med. Il fut convoqué au poste de police de son quartier et y fut menacé par les policiers. Quant à moi, il m’est arrivé de prendre position imprudemment (sur un groupe Facebook sensible) au sujet d’un différend entre le doyen de la faculté de médecine et une étudiante qui aurait bénéficié selon la rumeur de soutiens à la tête de l’Etat. Pendant une dizaine de jours, un policier fut posté à l’intérieur du service M8 de l’hôpital Charles Nicolle où j’étais interne et de faux patients essayèrent de m’intimider lors de ma garde-porte aux Urgences.

Marche protestataire sur le Ministère de la santé le jeudi 23 avril 2013 contre le projet de loi sur le travail obligatoire des médecins - Crédit photo: ancienne page Facebook du SIRT

Le SIRT a initié certains combats comme celui de la mise à jour de l’ancien statut des internes et des résidents en médecine. Le texte définitif a été publié en 2018 dans le Journal officiel de la République tunisienne, mais sous une version édulcorée… Le seul acquis notable fut le repos de sécurité…


M.G. : Quels étaient les plus grands succès du SIRT?

K.A. : Le SIRT n’a pas connu véritablement de grands succès. Je me demande s’il a même eu un jour un succès… Le mérite du SIRT a été de préparer la voie. Il a été un exemple dont se sont inspirés les autres syndicats d’internes et de résidents en médecine dans les autres régions au sein de l’UGTT et de la CGTT (Confédération générale des travailleurs tunisiens). Le SIRT a initié certains combats comme celui de la mise à jour de l’ancien statut des internes et des résidents en médecine. Le texte définitif a été publié en 2018 dans le Journal officiel de la République tunisienne, mais sous une version édulcorée… Le seul acquis notable fut le repos de sécurité… Ce sera maintenant aux jeunes générations de lutter pour qu’il soit appliqué… Je me souviens d’avoir assuré six jours de garde consécutifs à Médenine…

Le SIRT a aussi agi ponctuellement lorsque des internes et des résidents en médecine rencontraient des problèmes avec le personnel paramédical ou avec leur hiérarchie. Il s’est aussi illustré dans la lutte contre la violence à l’hôpital.

Je me demande à posteriori si le SIRT n’avait pas pour simple fonction de canaliser la colère des internes et des résidents. Il aurait peut-être été plus sain que celle-ci éclata réellement vu les mauvaises conditions de travail et l’insécurité dans certains hôpitaux, les campagnes de dénigrement à l’encontre du corps médical, les projets de lois liberticides ciblant les jeunes médecins, le délabrement de la santé publique, etc.

Je me demande aussi si dans l’absolu, le rôle d’un syndicat est réellement bénéfique… Je m’explique : un syndicat c’est une soupape qui permet à la société de ne pas imploser… A chaque fois que la situation devient insupportable, le syndicat évacue une partie du trop-plein de rage… L’Etat fait mine d’en prendre acte et fait quelques promesses qu’il ne tiendra probablement pas… Puis la vie recommence comme si rien ne s’était produit… Le syndicalisme domestiqué est à mon sens un des rouages du système ; il l’aide à perdurer en le forçant à appliquer malgré lui des réformes indispensables à sa survie…

L’accord signé le 24 janvier 2014 par le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale a été vécu par nous tous comme une trahison et un véritable coup de poignard dans le dos... L’UGTT a sacrifié les intérêts des jeunes médecins pour satisfaire ses bases et maintenir des rapports cordiaux avec le gouvernement. Il faut savoir que numériquement, nous ne représentions pas grand-chose pour la centrale syndicale.


Sit-in des jeunes médecins à la Faculté de médecine de Tunis dans le cadre du mouvement de protestation contre le projet de loi sur le travail obligatoire, 15 janvier 2013 - Crédit photo: ancienne page Facebook du SIRT


M.G. : Pourquoi le SIRT a-t-il disparu ?

K.A. : Le SIRT a existé pendant six ou sept longues années. Il a connu au moins cinq bureaux exécutifs plus ou moins informels… Je citerais pour chacun d’entre eux, un seul nom (parmi une multitude) qui pourrait les symboliser :

- Le bureau fondateur : Dr Walid Koubaa.

- Le bureau dormant : Dr Mohamed Ben Salem.

- Le bureau de la loi 2010-17 : Dr Mohamed Fares.

- Le bureau revigoré et dynamique : Dr Chokri Zayani.

- Le bureau de la « révolution du bistouri » : Dr Salma Moalla.

Le SIRT a cessé d’exister suite à la lassitude de ses membres et à un défaut de transmission. Mais la raison principale fut le divorce consommé des jeunes médecins d’avec l’UGTT. L’accord signé le 24 juillet 2014 par le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale a été vécu par nous tous comme une trahison et un véritable coup de poignard dans le dos... L’UGTT a sacrifié les intérêts des jeunes médecins pour satisfaire ses bases et maintenir des rapports cordiaux avec le gouvernement. Il faut savoir que numériquement, nous ne représentions pas grand-chose pour la centrale syndicale. De plus, Abdellatif Mekki n’était plus ministre de la santé…

Accord signé par la centrale syndicale de l'UGTT le 24 juillet 2014 (page 1) - Crédit Photo: Karim Abdellatif


Accord signé par la centrale syndicale de l'UGTT le 24 juillet 2014 (page 2) - Crédit Photo: Karim Abdellatif


M.G. : Quels sont les obstacles/défis organisationnels qu'un syndicalisme structuré et organisé des jeunes médecins a toujours rencontrés et pourrait toujours rencontrer ?

K.A. : Les obstacles rencontrés au sein du SIRT étaient principalement liés au « turn over » des internes et des résidents en médecine. Cette « durée de vie » limitée des internes (deux années à l’époque) et des résidents en médecine (quatre à cinq années) les poussaient à se projeter dans l’après-internat ou l’après-résidanat et à ne pas véritablement se préoccuper du présent. En dehors des périodes de crise, le pouvoir de mobilisation du SIRT était plutôt réduit et des assemblées générales avec moins de 50 personnes n’étaient pas rares. En période de crise en revanche, c’était autre chose ! L’amphithéâtre cérémonial de la faculté de médecine de Tunis suffisait à peine… Beaucoup de personnes se tenaient debout ou s’asseyaient par terre, faute de places… Disons donc que cette durée de vie limitée transformait l’activité syndicale en un syndicalisme de crise…

L’autre effet pervers était que des personnes motivées et très impliquées dans la vie du SIRT étaient forcées de nous quitter pour devenir assistants hospitalo-universitaires, médecins de la santé publique, praticiens libéraux, etc.

Les obstacles rencontrés au sein du SIRT étaient principalement liés au « turn over » des internes et des résidents en médecine. En dehors des périodes de crise, le pouvoir de mobilisation du SIRT était plutôt réduit et des assemblées générales avec moins de 50 personnes n’étaient pas rares. .

 

Mot de Pr. Slim Maherzi ex-Doyen de la faculté de médecine de Tunis 2012/2017 devant l'AG des internes et des résidents au premier jour de grève contre le projet de loi sur le travail obligatoire (Révolution du bistouri), 10 décembre 2013 - Crédit photo: ancienne page Facebook du SIRT


M.G. : Comment vois-tu l'après SIRT ? Comment évalues-tu l'expérience de l'héritière du SIRT, à savoir l'Organisation tunisienne des jeunes médecins -OTJM, en tant qu'observateur ?

K.A. : Je trouve que les « jeunes » se débrouillent bien. L’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) représente dans les grandes lignes ce que nous avions rêvé d’accomplir depuis 2007. Je suis heureux que cette structure ait enfin vu le jour, mais honnêtement, je ne me permettrais pas d’évaluer son action. Je connais trop bien la lourdeur des responsabilités qui pèsent sur les épaules des syndicalistes et la difficulté qu’il y a à gérer le travail quotidien à l’hôpital et l’engament syndical.

Je ne vois pas en quoi la réduction de la période de révision avant les examens semestriels intéresserait un résident en ophtalmologie… J’espère que cet élargissement des bases syndicales ne vise pas simplement à faire du nombre, auquel cas les externes en médecine finiront pas s’en rendre compte et quitteront inéluctablement le navire de l’OTJM. Personnellement, je n’aurais pas fait ce choix. Mais puisque cela a été décidé, je pense qu’il faudrait donner un maximum d’autonomie aux externes en médecine.


M.G. : Crois-tu qu'il soit possible de rassembler dans la même structure : syndicalisme estudiantin et syndicalisme des internes et résidents ? À quel prix ? Quels sont les défis à réussir à ce niveau ?

K.A. : Je ne crois pas que cela soit le même combat, même s’ils sont en partie liés… Par exemple, je ne vois pas en quoi la réduction de la période de révision avant les examens semestriels intéresserait un résident en ophtalmologie… J’espère que cet élargissement des bases syndicales ne vise pas simplement à faire du nombre, auquel cas les externes en médecine finiront pas s’en rendre compte et quitteront inéluctablement le navire de l’OTJM.

Personnellement, je n’aurais pas fait ce choix. Mais puisque cela a été décidé, je pense qu’il faudrait donner un maximum d’autonomie aux externes en médecine. Ceux-ci devraient élire leurs propres représentants, lesquels ne devraient avoir de compte à rendre qu’à leurs seules bases. Mais bon sur ce point, je suis peut-être un peu « old school »

M.G. : Comment as-tu vécu le Mouvement 76 l'année dernière? Quelle lecture en fais-tu?

K.A. : Honnêtement, je n’étais déjà plus résident quand il a commencé. J’ai néanmoins collé les communiqués dans la chambre de garde du service où je travaillais auparavant. Je ne suis pas allé au service où je préparais ma thèse pendant toute la durée du mouvement. J’ai suivi le Mouvement 76 sur le net et à la télévision. Je refuse de donner mon avis car je ne suis plus concerné...

Je pense que certains seniors nous soutiennent sincèrement. D’autres estiment que les jeunes médecins doivent vivre ce qu’ils ont eux-mêmes traversé… Ils doivent se dire que cela forge le caractère… Mais ce qui a changé depuis une vingtaine d’années, c’est l’incapacité nouvelle de nombreux étudiants en médecine à se projeter dans l’avenir.


M.G. : Comment considères-tu le projet syndical des jeunes médecins dans notre système de hiérarchie médicale?

K.A. : Je pense que certains seniors nous soutiennent sincèrement. D’autres estiment que les jeunes médecins doivent vivre ce qu’ils ont eux-mêmes traversé… Ils doivent se dire que cela forge le caractère… Mais ce qui a changé depuis une vingtaine d’années, c’est l’incapacité nouvelle de nombreux étudiants en médecine à se projeter dans l’avenir.

Un nombre non négligeable d’internes en médecine snobent le concours de résidanat tunisien, préférant achever l’internat tunisien (et maintenant le résidanat en médecine de famille) et aller ensuite se spécialiser en Allemagne, en Suisse, aux Etats-Unis ou ailleurs. En tant que phénomène de masse, c’est bien une nouveauté… Certains assistants, des professeurs agrégés et même des chefs de service songent aussi à partir…

Une des vocations d’un syndicat d’internes et de résidents en médecine devrait être la sauvegarde de l’hôpital public. Il y est certes fait allusion à chaque crise, mais je doute véritablement que ce soit le souci principal de tous les jeunes médecins. Les médecins sont pourtant de bons bougres et ce qui arrive au secteur de la santé les attriste réellement, mais ils se sentent impuissants. Cette crise en effet les dépasse… Elle se joue dans les bureaux des différents ministères tunisiens. Elle est tributaire d’aides financières étrangères et d’une relance économique qui tarde à venir… Elle implique aussi une vision à long terme qui devrait nécessairement rompre avec la politique sanitaire héritée du président Habib Bourguiba… Il est temps que les différentes régions du pays soient traitées équitablement…

Je dirais donc que le « projet syndical des jeunes médecins » est nécessaire. Mais il reste à définir ce qu’est ce projet. S’agit-il de la défense d’intérêts purement corporatistes ou existe-t-il une vision sociale plus large ?


M.G. : Regrettes-tu d’avoir consacré une partie de ton temps au syndicalisme ?

K.A. : Certainement pas.