Les faits auraient eu le mardi le 11 décembre 2019, l’après-midi. À en lire le témoignage de Zakaria Bouguira, résident en anesthésie réanimation à l’Hôpital Kassab, on ne croirait pas ses yeux. Pourtant, selon l’Organisation tunisienne des jeunes médecins, le médecin aurait bel et bien été victime d’une agression physique violente qui aurait eu lieu à l’entrée de l’Hôpital Militaire de Tunis alors qu’il assurait l’accompagnement médical d’un malade transféré. La cause ? Une altercation avec les gardes de l’Hôpital Militaire qui lui ont interdit l’entrée car… il n’avait pas sa carte d’identité sur lui.

Zakaria a livré son témoignage des faits sur son profil Facebook, que nous transmettons en intégralité ici :

« Dehors c’était le déluge la pluie commençait à s’intensifier. Chacun avait peur que les routes ne se ferment encore et tout le monde pressait le pas pour finir le travail au plus vite. Pourtant quand j’ai appris qu’il y avait un transfert pour la réanimation de l’hôpital militaire ça m’a réjoui. Tout d’abord car je sais, de par mon court passage là-bas, qu’il n’y a pas un service ou il pourrait avoir de meilleurs soins. Ensuite il faut dire que depuis ma fracture du tibia mes collègues et mes chefs ont été plus qu’assistants et bienveillants envers moi. Alors si je pouvais ne serait-ce qu’un peu leur être utile je le ferais avec joie.

Il est 17h. Toute la procédure administrative est réglée même l’admission à l’hôpital receveur a été enclenchée par le fils du malade. Il ne reste plus qu’à le transférer et à s’assurer que tout se passe bien durant le trajet. Je m’en vais donc dandinant sur ma canne rejoindre l’équipe de réa. On installe le malade dans l’ambulance et on prend la route l’ambulancier l’infirmier, moi-même et la femme du malade. Le malade avait une condition médicale assez difficile potentiellement même létale. On s’est assuré donc qu’il soit bien sécurisé.

Arrivé à l’Hôpital Militaire on passe un premier barrage où on nous demande si on a un ok de transfert qu’on confirme et ils nous laissent passer.

A la porte un autre soldat vient nous demander nos cartes d’identités. Malheureusement j’étais en tenue de travail et ma pièce d’identité était restée à l’hôpital. Je lui explique donc la situation, que j’étais le médecin réanimateur du patient que nous avons un ordre de mission que toute la procédure est réglée et m’excuse encore d’avoir oublié ma carte. Il commence par une petite morale, qu’il ne faut pas sortir sans sa pièce et qu’ils ont des directives. Tout cela se passait d’abord dans le respect le plus total. Il nous demande ensuite de nous ranger de côté le temps qu’il informe sa hiérarchie.

Dix longues minutes sont passées et toujours pas de nouvelles des soldats. Je descends donc de l’ambulance et me dirige vers la porte. Là-bas un soldat me dit qu’ils ont informé leur centrale et que l’ambulance devait rentrer mais sans moi.

– Quoi ???!!! et s’il lui arrive quelque chose dans l’assesseur qui le réanimera

– C’est les ordres.

– Ok je comprends la situation du pays est difficile vous avez peur de moi parce que je n’ai pas de carte d’identité mais je ne peux pas laisser le malade tout seul. Venez avec moi, vous ou n’importe quel soldat, accompagnez moi jusqu’au service et on revient. Comme ça on est tous les deux protégés.

– Non personne ne vient avec toi. Tu restes dehors ou tu repars avec le malade. 

– C’est un malade grave la moindre secousse peut provoquer un arrêt cardiaque. Tu peux en assumer les conséquences ??? Donne-moi ton nom que je l’inscrive!!

– Je m’en fous je ne te donne pas mon nom et maintenant tu dégages d’ici.

– Laisse-moi moi passer je vais voir un responsable.

– Tu ne verras personne les ordres sont clairs et maintenant tu sors.

Il m’agrippe violemment du bras et commence à me tirer. Je me défais de lui et avance en boitant vers le petit poste derrière la porte. Peut-être trouverais je quelqu’un de plus conciliant. Effectivement un autre militaire sort de la plus gradé que le premier.

– Vous êtes son chef ?

– Oui et mon collège a raison tu ne peux pas entrer sans carte d’identité.

– Mais le malade est grave je ne peux pas le laisser tout seul !

– Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes médecin qu’est ce qui me prouve que vous êtes tunisien !

– Mais je viens dans l’ambulance avec un ordre de mission ! Regardez comment je suis habillé, et en plus je vous ai dit mettez un soldat à ma disposition juste il m’accompagne et on revient.

– C’est ça la procédure c’est la loi et maintenant tu nous excuses et tu sors.

– Moi aussi j’ai ma loi c’est un contrat entre moi et le malade et je ne le romprai pas pour de vulgaires lois humaines ni vous ni votre institution militaire ni même votre état ne peuvent avoir le dessus sur ça.

C’est la que s’exprime alors le premier soldat

-Ti chbih hal 3***** haya okhrej n**** tawa !

Et il me pousse vers la sortie. Je résiste je me débats bientôt je me retrouve acculé au coin de la porte entre le grillage et le poste. C’est des charges successives ma béquille s’envole mes lunettes sont projetées des coups arrive à droite et à gauche on me tord la main on me pousse pourtant je résiste je ne me laisserai pas faire je ne sortirai pas !

Bientôt d’autres soldats arrivent ils les calment et on m’emmène à la petite salle du côté de la porte. On m’informe que je suis arrêté et que la police arrivera bientôt.

Trente minutes après la police arrive effectivement je suis emmené au poste de Sidi el Bechir.

Là-bas j’ai été très bien traité. Les policiers eux même n’en revenaient pas de cette histoire. Ils n’arrêtaient pas de me rassurer et c’est limite s’ils s’excusaient pour les agissements des militaires. Ils ont cependant été très professionnels. Ils m’ont expliqué qu’ils devaient être neutres, ont rédigé un procès-verbal et procédé à la confrontation.

Trois heures après je suis libéré et je pars à l’hôpital faire une radio. C’est bien ce dont j’avais peur c’est une fracture de la main. »

L’Organisation tunisienne des jeunes médecins a dépêché ses représentants sur les lieux du triste évènement afin d’assurer au résident l’accompagnement juridique nécessaire, comme le soulignait le soir même Jed Henchiri, président de l’organisation.

Les faits ont sollicité sur les réseaux sociaux une large vague d’indignation et de solidarité chez les jeunes médecins tunisiens.

Du coté officiel, aucune déclaration publique, ni du Ministère de la défense, ni du Ministère de la santé, ni même de la Faculté de médecine à laquelle se réfère le résident.

On dirait bel et bien que les faits ont eu lieu sur la planète Mars !

Qu’en est il de la réalité des faits rapportés?

Crédit photo: WePostMag