Crédit photo de couverture: Séance musicale à l’époque ottomane– Peinture de Zeynep Elçi (utilisation avec accord de l’artiste)

L’introduction de la musicothérapie dans nos concepts thérapeutiques, énoncée il y a quelques mois par le ministère de la santé, fait débat. Si l’effet de la musique sur l’être humain est indéniable, y recourir en tant que thérapie n’est pas sans réveiller un certain scepticisme. Depuis l’avènement du concept, diverses définitions y ont été proposées : “Traitement de certaines maladies nerveuses des auditions musicales” (Dictionnaire encyclopédique Quillet), “Art de guérir les maladies par la musique” (Le Dictionnaire Larousse de la musique) ou bien “Utilisation de la musique dans un but de thérapie psychique” (Petit Larousse 2017) à n’en citer que quelques-unes (1) … “Toute thérapeutique par des procédés musicaux” (Ouvrage: Eléments de musicothérapie (2)). L’idée de faire de la musique un procédé thérapeutique semble donc être partagée par toutes ces définitions.

L’utilisation de la musique comme soin existait déjà depuis l’antiquité et dans, quasiment, toutes les cultures. Actuellement, il existe partout dans le monde des programmes universitaires dédiés à une formation spécialisée en musicothérapie dans plusieurs pays (Etats-Unis, Canada, France, Royaume-Uni, Turquie …). Des études scientifiques, basées sur les dernières techniques d’imagerie cérébrale, ont montré que jouer d’un instrument de musique est au cerveau l’équivalent d’un entraînement complet du corps vu que presque toutes les régions cérébrales sont sollicitées au même moment. L’écoute musicale n’en est pas moins importante car elle peut aussi agir sur les sentiments ainsi que l’attention. Cela a été expliqué par les circuits neuronaux de récompenses et les sécrétions de certaines substances qui modulent l’activité cérébrale. Les effets neurobiologiques de la musique permettraient ainsi de procurer du plaisir et une relaxation du corps et de l’esprit. (3)

La musicothérapie est basée sur un usage approprié de la musique en réponse à des besoins qui peuvent être émotionnels, psychologiques, physiques et intellectuels. On peut la décrire comme une méthode thérapeutique centrée sur les interactions autour de la musique. Ainsi, le/la musicothérapeute peut faciliter la communication non verbale avec le/la patient(e), qui peut alors se redécouvrir pour après intégrer cette nouvelle connaissance de soi à ses pensées et ses sentiments. L’extension de ce processus à d’autres domaines de la vie reste aussi un but ultime. En effet, la musicothérapie efficace apportera de nouveaux outils au patient.e en améliorant sa créativité, sa sensibilité et son attention. (4)

En Tunisie, on ne peut évoquer l’histoire de la musicothérapie sans parler de l’association nationale de musicothérapie, fondée en 2013 par madame Rihab Jebali, musicothérapeute, qui dirige des travaux de recherche portant sur l’autisme, la maladie d’Alzheimer, la carence affective et les situations de handicap. Cette association a permis de faciliter la réalisation des travaux de recherche clinique, notamment dans le domaine de l’autisme, l’Alzheimer et des autres démences et handicaps, associant des équipes médicales et universitaires. Elle a aussi permis de codiriger des étudiant.e.s dans leurs travaux par des professionnel.le.s et professeur.e.s des universités françaises et tunisiennes permettant un échange des expériences entre les différentes spécialités : la psychiatrie, la psychologie, la musicologie et les arts.

Dès sa création, l’association a organisé des cycles de formation et des stages dédiés à tous les professionnel.le.s de la santé et aux éducateur.rice.s spécialisé.e.s, musicien.ne.s et musicologues ainsi qu’aux amateur.rice.s intéressé.e.s par le sujet et cela en partenariat avec l’équipe de l’institut de musicothérapie de Nantes, le CHU Razi, les instituts supérieurs de musique (à Sousse, Tunis et Sfax) et l’Institut supérieur d’éducation spécialisée. (5)

La formation en musicothérapie permet d’acquérir des compétences variées dans des domaines tel que : la psychologie et la psychiatrie ainsi que la neurologie et neurophysiologie de la musique, le.la musicothérapeute sera capable de développer et utiliser les techniques de relaxation psychomusicale dans le cadre d’une approche conceptuelle et pratique des psychothérapies. (6)

Intégrer la musicothérapie dans l’arsenal thérapeutique de nos hôpitaux sera-t-il ainsi le prélude qui mènera à la création d’un statut officiel de “musicothérapeute” en Tunisie? Le temps nous le dira.


Références :
(1) La musicothérapie – François-Xavier Vrait
(2) Eléments de musicothérapie – G.Ducourneau
(3) La musicothérapie – François-Xavier Vrait

Résident en médecine de famille et musicien diplômé

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Fils de commentaires
0 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
1 Auteurs du commentaire
Amine Hammas Auteurs de commentaires récents
  S’abonner  
Notifier de
Amine Hammas
Invité
Amine Hammas

Il y a plusieurs services de réanimation qui ont testé et intégré la musicothérapie dans leurs pratiques. D’autres protocoles sont aussi en application dans les blocs opératoires.