Le parlement français vient d’adopter de façon définitive au début de cette rentrée le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé baptisé « Ma santé 2022 ». Cette réforme contient plusieurs mesures et propositions pour améliorer une organisation du système de santé français de plus en plus exsangue. La thématique fait d’ailleurs l’actualité de ces derniers jours, marqués par une mobilisation sans précédent du personnel soignant qui réclame une véritable réforme de l’organisation des soins.

Parmi les chantiers phares de cette loi (JORF n°0172 du 26 juillet 2019 : loi n°2019-774 du 24 juillet relative à l’organisation et transformation du système de santé), la réforme des études médicales qui a pour but la préparation des futurs soignants aux besoins du système de santé de demain.

Les études médicales en France sont basées depuis longtemps sur deux concours très sélectifs : le concours de PACES (Première année commune aux études de santé) pour accéder aux études médicales et l’ECN (Examen classant national) pour le choix de la spécialité. La nouvelle : ceci vient de changer ! Oubliez le PACES, le numérus clausus et l’ECN !! Mettez vous à jour avec un nouveau processus de sélection !

En effet, le concours, une tradition française très ancienne, s’est imposé comme le principal mode de sélection des étudiants que ce soit pour accéder aux études de médecine ou pour choisir la spécialité. Cette modalité de sélection très controversée, entre défenseurs considérant que des épreuves anonymes passées dans les mêmes conditions assurent une égalité parfaite entre les candidats, et des détracteurs lui reprochant d’être très formaliste, reposant sur des épreuves répétitives empêchant de repérer les candidats les plus inventifs et créatifs.

Oui, « le vieux pays » de « gaulois réfractaires » vient de franchir une nouvelle étape dans la réforme des études médicales. Cette révision est basée essentiellement sur deux grands axes : Premièrement, la suppression du numérus clausus et le fameux concours de la première année commune des études de santé. Cela signifie que le nombre de places offertes pour former des professionnels de santé -dont les médecins- n’est plus fixé par l’Etat. Une sélection plus pragmatique sera adoptée prenant en considération plusieurs conditions en fonction du parcours du candidat au baccalauréat, le contrôle continu tout au long de sa première année et les besoins de chaque région en médecins. Fini la pomme de discorde : le numérus clausus. De plus, il n’y aura plus de redoublement en première année de médecine. Les étudiants n’ayant pas la moyenne peuvent continuer leurs études en s’inscrivant dans une autre licence. En contrepartie, des étudiants venant d’autres filières, y compris ceux qui ont échoué leur première année, peuvent accéder directement au deuxième cycle d’étude médicale via des passerelles permettant la diversification des profils.

Deuxièmement, la suppression du concours de l’ECN, l’équivalent du concours de résidanat en Tunisie, cette modalité de classement qui contraint les étudiants au bachotage intensif durant leur cursus du deuxième cycle. Le choix de la spécialité se fera selon une procédure rénovée. Pour s’orienter, chaque étudiant devra valoriser trois grands champs : ses connaissances théoriques définies par son niveau tout au long du deuxième cycle, ses compétences cliniques et relationnelles définies par ses stages pratiques, et son profil défini par sa motivation et ses ambitions.

Ce n’est plus un concours de quelques heures où il s’agit de répondre à une centaine de QCM qui vont déterminer toute une carrière médicale. Le système va s’adapter aussi à la pluralité des exercices médicaux actuels permettant à des médecins à avoir une double casquette en poursuivant leurs études dans d’autres domaines permettant d’être ingénieur, chercheur ou faire de l’administratif.

Ainsi, la France va tourner la page d’un système jugé rigide et inadapté aux enjeux actuels de la formation des médecins du vingtième siècle rejoignant plusieurs autres pays où le système est plus souple et dynamique tel que les pays scandinaves, l’Allemagne et la Suisse.

Qu’en est il de la situation des études médicales en Tunisie ?

La Tunisie se dirige quant à elle vers la mise en place d’un « examen » d’entrée au troisième cycle des études médicales basé à la fois sur le principe de note éliminatoire et, bonus, d’un nombre de places limité ! Une « Epreuve classante nationale » hybride, à cheval entre les formats d’examen et de concours, qui signera encore un génie jusque là incompris des réformateurs tunisiens des études médicales. C’est-à-dire que nous allons maintenant expérimenter, à notre manière, pour quelques années, les bribes d’un modèle que ses propres créateurs viennent d’abandonner. Intéressant ! Fait important à relever : si le texte de réforme des études médicales publié cette année définit le principe d’examen d’entrée au troisième cycle, il n’y a toujours aucun texte juridique qui en définit les modalités. Si bien qu’on est en situation de craindre une énième improvisation décidée officieusement en catimini dans les couloirs, et dont les étudiants en médecine seront comme toujours les « rats de laboratoire » préférés.

D’un autre côté, nous avons un projet de loi relatif à la responsabilité médicale, fruit d’un travail de plusieurs années, qui se retrouve jeté aux oubliettes : il n’a pas été soumis au vote lors de la dernière plénière de Juin 2019 de l’ARP, en raison de l’absentéisme des députés. De plus, il n’a pas l’air de figurer parmi les priorités de la nouvelle mosaïque parlementaire. Les jeunes médecins tunisiens sont entre temps pris dans la spirale de devoir lutter pour défendre « le minimum nécessaire », comme par exemple faire respecter un droit fondamental qu’est la liberté d´expression. L’expulsion d’un étudiant en médecine pour avoir critiqué sur les réseaux sociaux une mauvaise gestion dans sa faculté a récemment été à l’origine d’un mouvement de protestation national qui a fait parler de lui en Tunisie et ailleurs.

Deux exemples révoltants, représentatifs de la nonchalance et de la médiocrité qui font office de monnaie courante.

À quand le changement ?

De toute évidence, on en est loin, et apparemment ce n’est pas pour maintenant…

Crédit Photo: Le couloir soins intensifs et cardiologie du CHU Gabriel Montpied à Clermont-Ferrand. (Illustration). (GÉRALDINE MARCON / FRANCE-BLEU PAYS D’AUVERGNE)

Médecin spécialiste en médecine intensive et Réanimation
Paris (France)