L’année universitaire 2019/2020 venant de prendre son élan à Sfax le 26 aout 2019, le 2 septembre à Sousse et Monastir, a débuté aujourd’hui le 9 septembre à la Faculté de médecine de Tunis. Un déroulement qui ne se fait pas aussi fluidement que souhaité.

Le périple de l’inscription universitaire

À Tunis on s’est retrouvés d’abord déchirés entre des communiqués de la faculté limitant la date d’inscription en ligne au 25 aout et un site d’inscription en ligne en panne (celui de l’université Tunis El Manar). Pour couronner le tout on a eu un communiqué publié le 9 aout faisant savoir que le paiement ne pourrait se faire qu’avec une carte e-dinar jeune (tandis que plusieurs ont déjà rechargé leurs anciennes cartes e-dinar smart -étant parfaitement fonctionnelles les années précédentes-) et une poste en grève pendant plus de trois jours.

Non, il ne s’agit pas d’une fiction, mais bel et bien des conditions dans lesquelles un étudiant en médecine tente, tant bien que mal, de faire son inscription.

 

Crédit photo: communiqué de la Poste tunisienne

Au vu de ces circonstances l’administration s’est retrouvée dans l’obligation de prolonger les délais d’inscription en ligne et de faire une première inscription pour laquelle les étudiants ont eu « un reçu ». Du coup, on s’adapte comme on peut : d’abord, l’étudiant se voit octroyer ce reçu attestant de la remise des documents nécessaires à l’inscription. La remise de l’attestation d’inscription a été, quant à elle, remise pour plus tard, le temps de recharger sa carte e-dinar jeune et payer les frais d’inscription (sachant que la suspension de la grève de la poste Tunisienne n’eut lieu que le 27 aout 2019). Un paiement en ligne qu’on aurait mieux qualifié de mission impossible avec un service temporairement non valable vu les problèmes de réseau et l’impossibilité redondante d’effectuer les transactions financières sur la plateforme correspondante.

Crédit photo: communiqué avec calendrier d’inscription de la Faculté de médecine de Tunis

Nous sommes encore au 21ème siècle, dans l’ère technologique de l’inscription à distance, sensée nous faciliter la vie, hein!

Les étudiants qui ont urgemment besoin de leurs attestations pour des procédures diverses : obtention d’une carte d’identité, de passeport, de carnet de soins, etc.. peuvent toujours attendre. Chacun son rythme !

Finalement, entre un paiement à distance qui peine à fonctionner, des agents de poste en grève et des attestations dont la livraison est remise pour plus tard, l’inscription semble avoir un gout bien spécial pour cette rentrée !

Mais pas que!

Des affaires disciplinaires suscitant la polémique

Ce dernier mois fut bouleversant pour nos étudiants, et ce à l’occasion de deux affaires désormais emblématiques : celles des deux étudiants en médecine, Wajih D. et Ibrahim C. ayant été sanctionnés pour un cyber-discours jugé « diffamatoire » vis-à-vis de leurs administrations respectives.

Ces derniers auraient publié sur Facebook une critique de la gestion administrative des salles de révision mises à la disposition des étudiants (horaires, climatisation…). Des captures d’écran de leurs publications auraient été alors transférées par des « âmes très bienveillantes » aux responsables administratifs. Et hop! Les conseils de discipline respectifs des deux facultés ont privé respectivement le premier de passer les examens de la prochaine session, impliquant son redoublement systématique, tandis que le deuxième eut droit « seulement » à un blâme. « Clémence », pour reprendre les mots des responsables, « vu qu’il prépare son concours de résidanat en médecine ». Il fut quand même obligé de surcroit de rédiger une excuse publique sur Facebook, chose qu’il a faite.

Nous avons déjà publié une lecture analytique de ces décisions au regard de la loi tunisienne, en s’appuyant sur un comparatif avec des cas similaires rapportés dans la littérature américaine.

Entre temps, l’Organisation tunisienne des jeunes médecins a aujourd’hui haussé le ton en appelant à protester directement devant le décanat de la faculté de médecine de Tunis, en guise de solidarité avec Wajih D., l’étudiant sanctionné il y a peu, et qui n’a toujours pas officiellement reçu la décision disciplinaire qui le concerne, ce qui entrave sérieusement sa capacité à faire valoir ses droits devant la justice.

Crédit photo: page officielle de l’OTJM

Ces deux affaires, entre autres, suscitent non seulement l’attention mais également l’inquiétude. Il est plus que jamais fondamental de travailler sur l’amélioration et le renforcement des canaux de communication entre séniors et juniors. Il est plus que jamais nécessaire de travailler à construire un climat de confiance permettant d’avancer et réussir les chantiers qui nous attendent ensemble. Entre autres et surtout, la réforme des études médicales et l’accréditation de notre système d’enseignement médical.

Des défis de taille qui ne pouvant être relevés sans une collaboration sérieuse entre tous.

En attendant, nous voilà devant une rentrée qui se fait sous haute tension.

Bonne rentrée à toutes et à tous, alors!

Étudiante à la Faculté de médecine de Tunis